II

MODESTIE.

Militza avait de longs cils, qui ombrageaient ses joues vermeilles, ses joues et son blanc visage. Pendant trois ans je l'avais regardée, sans pouvoir jamais voir à loisir ses yeux, ses yeux noirs ni son blanc visage.

Je rassemblai le kolo des filles —et du kolo était la jeune Militza— pour avoir occasion de regarder ses yeux. Tandis que le kolo se jouait sur l'herbe, le ciel d'abord serein s'obscurcit, les éclairs brillaient à travers les nuées: les filles lèvent toutes les yeux vers le ciel, Militza seule les a devant soi inclinés vers l'herbe verte.

D'une voix douce alors lui dirent les filles: «O Militza, notre compagne, es-tu donc folle, ou sage par-dessus toutes, que tu as les yeux fixés sur l'herbe verte, et ne les lèves point avec nous vers le ciel, où les éclairs sillonnent les nues?» Mais la jeune Militza leur répond: «Je ne suis ni folle, ni sage par-dessus toutes: je ne suis point non plus la Vila, qui rassemble les nuages, mais une fille, qui regarde devant soi.»