ABRAHAM.

[Note 44], Page 217.

Ce drame, le plus pathétique que nous ait laissé Hrotsvitha, est tiré d’Actes que nous possédons tant en grec qu’en latin, et qui portent le nom de saint Éphrem. Plusieurs modernes, entre autres, Vossius et Arnauld d’Andilly, lequel a traduit cette touchante histoire dans ses Vies des Pères des déserts (t. I, p. 271 et 547), l’ont attribué à saint Éphrem, le solitaire, qui devint diacre d’Édesse et qui vivait au IVe siècle. D’autres pensent que les Actes d’Abraham et de Marie sont l’œuvre d’un autre Éphrem un peu postérieur à celui qui, avant d’être diacre, avait été le maître et le compagnon d’Abraham. Voyez, à la date du 16 mars, les Acta Sanctorum (Martii t. I, p. 433).—L’action se passe, d’après les agiographes, tantôt dans une solitude voisine de Lampsaque, sur les bords de l’Hellespont, tantôt dans la ville d’Assos, qui n’en est distante que de deux journées.

[Note 45], Page 219.

C’est bien ici Éphrem, le solitaire devenu diacre, dont on peut lire la vie dans Arnauld d’Andilly (Pères des déserts, t. I, p. 294). On attribue à cet ermite plusieurs conversions de courtisanes, qui ont beaucoup de ressemblance avec l’histoire de Paphnuce et de Thaïs.—Hrotsvitha donne à Éphrem un rôle bien plus important que la légende, laquelle ne le cite qu’une ou deux fois en passant.

[Note 46], Page 227.

Le caractère de Marie est plus encore que celui de Drusiana, une création de Hrotsvitha. Il est tracé avec beaucoup de naturel et de goût. La légende avait très-peu fait, et notre auteur a développé ce germe avec une véritable science du cœur féminin. Dès les premiers mots que cette jeune fille prononce, on sent dans ses reparties aux exhortations mystiques d’Éphrem, une sorte de matérialité et de sensualité naïves, présage de chute.

[Note 47], Page 227.

Il y a dans cette pensée comme un éclair de coquetterie précoce, qui me semble un trait exquis de naturel.

[Note 48], Page 229.

Le texte dit tout crument asinum vivit. Cette jeune fille a quelque chose de positif et de matériel, jusque dans l’exaltation religieuse.

[Note 49], Page 233.

On pourrait voir dans ce passage une satire indirecte des moines au Xe siècle, si cette particularité ne se trouvait dans la légende: nomine dumtaxat monachus.

[Note 50], Page 237.

Hrotsvitha ne laisse guère échapper l’occasion de repasser sur la trace de Virgile.

[Note 51], Page 253.

Je ne puis m’empêcher de faire remarquer combien il y a d’art délicat et de grâce pudique dans les paroles à double sens que le bon anachorète prononce durant cette scène et la suivante.

[Note 52], Page 261.

La légende indique ici énergiquement le jeu de scène. Elle nous montre Marie perterrefacta... lapidis instar immobilis.—La situation développée dans cette scène est une des plus pathétiques que l’on ait jamais mise au théâtre.

[Note 53], Page 267.

Ces belles paroles, qui ne sont qu’indiquées dans le légendaire, rappellent par la pensée, comme par le mouvement, les vers tant applaudis de l’Hamlet de Ducis, et que disait si admirablement Talma:

Votre crime est horrible, exécrable, odieux;
Mais il n’est pas plus grand que la bonté des cieux.

[Note 54], Page 269.

Voilà un blâme formel des dons pieux, regardés comme expiatoires. La légende est en cet endroit beaucoup moins explicite que le drame. Hrotsvitha reviendra encore sur ce blâme; voyez Paphnuce, p. [327] et note [71].

[Note 55], Page 271.

Encore un doux souvenir de Virgile. Marie aura bien raison tout à l’heure de remercier le bon ermite de sa tendre compassion. Il est impossible de prêcher la pénitence à un cœur de femme avec une plus douce, plus charitable et plus consolante onction.

[Note 56], Page 273.

L’auteur ne dit qu’un mot et ne décrit pas la scène, sans doute parce que le voyage se faisait sous les yeux des spectateurs. La légende, qui n’avait pas la ressource de la représentation, a soin de nous montrer Marie placée sur le cheval d’Abraham, tandis que le vieillard marche devant, conduisant par la bride la monture de sa nièce, à peu près comme on peint le bon saint Joseph et la Vierge, dans les tableaux de la fuite en Égypte.

[Note 57], Page 273.

Cette crainte pudique, qu’inspire à Marie la vue du lieu où elle a failli, est un trait charmant de délicatesse féminine; il appartient en propre à Hrotsvitha.