NOTES:

[28] Il y a dans le texte po-iu, expression qui désigne un vase dont les religieux bouddhistes se servent pour demander l'aumône.

[29] Voyez plus haut, page [177].


[CHAPITRE XI.]

ARGUMENT.

Le Tao-ssé de Mao-chân descend, avec la rage dans le cœur, du sommet de sa montagne.

L'astre Wen-sing[30] entre dans le monde, et sa naissance fait éclater des transports de joie.


Depuis mille automnes l'astre Wen-sing[31] vivait inconnu sur une montagne céleste[32]. Tantôt il dormait sur les nuages, tantôt il dirigeait une barque légère dans les vagues de l'empyrée.

Les péchés des deux astres qui lui ont donné le jour le retenaient encore captif; mais une fois entré dans le monde, il arrive au faîte des honneurs.

Hân-wen ayant renoué ses premières relations avec les deux Fées, se dispose à les accompagner dans la ville de Tsiên-tang. Ils louent un bateau et arrivent chez Ki-kong-fou, qui se trouvait en ce moment sur le seuil de sa porte. Dès qu'il eut aperçu Hân-wen, il fut rempli de joie, et rentra promptement dans l'intérieur de sa maison. «Chère épouse, dit-il à Hiu-chi, voilà votre frère qui arrive.»

En entendant ces paroles, Kiao-yong éprouve la même allégresse que son mari, et s'élance en un instant hors du vestibule. Elle voit Hân-wen qui se tenait devant la porte, avec deux jeunes femmes d'une rare beauté. Quand Hân-wen eut salué sa sœur, «Je vous félicite, lui dit Hiu-chi, de revenir aujourd'hui chez nous; mais dites-moi, je vous prie, quelles sont ces deux jeunes femmes?

—L'une est mon épouse, lui répondit Hân-wen; son nom est Blanche, et son surnom est Tchîn-niang; l'autre est sa servante, qui s'appelle la petite Bleue.

—Je me réjouis, lui dit Hiu-chi, d'avoir une belle-sœur aussi distinguée.» Blanche et Bleue s'avancèrent ensuite pour saluer Hiu-chi.

Quand tous se furent assis à la place marquée par les rites, le frère et la sœur se racontèrent ce qui leur était arrivé depuis leur séparation. «Depuis que vous m'avez quittée pour aller en exil, dit Hiu-chi, je n'ai eu de repos ni le jour ni la nuit. Heureusement que l'hiver dernier, nous avons reçu de vos nouvelles lorsque vous nous avez envoyé un dépôt d'argent; nous avons su que vous étiez à Kou-sou, et que tout réussissait au gré de vos désirs. Quelque temps après, nous apprîmes qu'une nouvelle condamnation vous avait fait exiler à Tchîn-kiang, et cette nouvelle changea notre joie en tristesse. Mais grâces au ciel, vous revenez aujourd'hui avec votre épouse; cet événement met le comble à notre bonheur.»

Hân-wen allait répondre à sa sœur, mais Blanche eut peur qu'il ne laissât échapper quelque parole imprudente, et se hâta de parler à sa place. «Ma sœur, dit-elle, l'an dernier nous demeurions à Kou-sou. Le jour où l'on célèbre la naissance du dieu Tsou-ssé, l'usage veut que l'on présente dans le temple des objets rares et précieux. J'en avais plusieurs que j'avais trouvés dans l'héritage de mon père; je les remis à mon mari, afin qu'il les offrît dans cette solennité. Quelque temps après, le jour de sa naissance, mon mari étala ces objets précieux dans le vestibule; mais en les voyant, des brigands, venus je ne sais d'où, sentirent s'éveiller leur cupidité. Ils traînèrent M. Hiu devant le magistrat, qui, à force de tortures, lui fit avouer un vol qui lui était faussement imputé, et l'exila à Tchîn-kiang. Votre servante recueillit alors tout l'argent qu'elle possédait, et le déposa entre vos mains. Ensuite elle se rendit à Tchîn-kiang pour servir son mari. Le premier jour de l'année, comme il était allé se promener sur la Montagne-d'Or, il se laissa tromper par un moine nommé Fa-haï, qui l'engagea à se faire couper les cheveux et à embrasser la vie religieuse. Dès que j'eus appris cette nouvelle, j'allai avec ma servante, sur la Montagne-d'Or, pour ramener mon mari. Mais soudain, la ville de Tchîn-kiang fut couverte d'une vaste inondation qui engloutit tous les habitants. Le ciel a permis que je me trouvasse en ce moment sur la Montagne-d'Or, et que j'échappasse ainsi à la fureur des flots. Aujourd'hui que nous voici de retour, nous osons vous demander la permission de demeurer quelques jours chez vous; nous espérons que vous voudrez bien nous accorder cette précieuse faveur.

—Mon frère, dit alors Hiu-chi, il serait difficile de trouver au monde une personne aussi accomplie; tâchez de lui témoigner tout l'amour qu'elle mérite. Mais notre maison est trop étroite pour vous recevoir même pendant quelques jours.

—Ne vous inquiétez pas, lui dit Kong-fou, il y a tout près d'ici une petite maison composée de deux chambres spacieuses. Le propriétaire cherche maintenant à la vendre. Je vais aller le trouver et en arrêter le prix.» A ces mots, Hân-wen fut transporté de joie.

Hiu-chi alla préparer une collation pour son frère et sa belle-sœur, et disposa deux tables séparées. Kong-fou s'assit dans le vestibule avec Hân-wen, et Hiu-chi se plaça dans sa chambre avec Blanche et la petite Bleue. Tout en causant à table, Hân-wen apprit que M. Wang était mort depuis long-temps. Il se rappela les bienfaits qu'il avait reçus de lui, et ne put s'empêcher de verser des larmes.

Quand le repas fut fini, Kong-fou loua, dans le voisinage, un appartement où ses trois hôtes pussent passer la nuit. Le lendemain il prit les cent onces d'argent qui lui avaient été confiées, et les remit à Hân-wen.

«Mon frère, lui dit celui-ci, il n'est pas nécessaire de me rendre ce dépôt; je vous prie d'en employer une partie pour acheter la petite maison dont vous m'avez parlé, et la garnir des meubles et des ustensiles dont nous avons besoin; le reste de la somme me servira à monter une boutique.

—Puisque telles sont vos dispositions, lui dit Kong-fou, je me charge de toute cette affaire, et je vais m'en occuper dans l'instant même.

—Je me repose entièrement sur vous, lui dit Hân-wen.

—Nous sommes étroitement unis par les liens de famille, reprit Kong-fou, et je ne fais que remplir un devoir sacré.» Aussitôt il prit l'argent, et alla trouver le propriétaire de la maison, qui n'eut pas de peine à tomber d'accord avec lui. Ensuite il signe le contrat de vente, et paie la somme convenue. De là, Kong-fou va acheter les meubles et les ustensiles de ménage dont Hân-wen et Blanche avaient besoin. Hân-wen choisit un jour heureux dans le calendrier, et se transporta ensuite avec ses effets dans sa nouvelle maison. Kong-fou remit à son beau-frère l'argent qui lui restait.

Hân-wen remercia son beau-frère, et après avoir mûrement délibéré avec Blanche, il ouvrit, comme auparavant, une boutique de pharmacie. Ces deux familles étant voisines l'une de l'autre, se voyaient tous les jours, et resserraient ainsi leurs liens d'affection et de parenté.

Comme Blanche avait inondé la ville de Tchîn-kiang, et qu'elle avait fait périr tous ses habitants, elle se rendait chaque nuit dans un jardin fleuri où elle brûlait de l'encens, et adressait des prières au ciel, dans l'espoir d'effacer ses crimes, et d'échapper au juste châtiment qu'elle avait mérité.

Au fond de son cœur elle désire de voir calmer les vents et les flots; mais la tempête qu'elle a suscitée va se grossir d'une nouvelle tempête.

Laissons un instant Blanche, et revenons au Saint-homme Lo-i. Le jour où Blanche l'avait vaincu et couvert de confusion, il était retourné, avec la rage dans le cœur, sur sa montagne sacrée, pour cultiver la vertu et se perfectionner davantage dans l'étude de la raison. Il avait reçu parmi ses disciples l'esprit d'un serpent noir[33]. Un jour qu'il était dans sa grotte, occupé de soins religieux, il se dit en lui-même: «Le serpent noir possède maintenant toutes les ressources de la science magique; il faut que je le fasse descendre avec moi de la montagne, et que je le charge de me venger.» Soudain il appelle son disciple, et demande où il est.

Le serpent noir accourt à la voix de son maître, et lui dit d'une voix soumise: «Mon père, voici votre disciple; quels ordres suprêmes avez-vous à lui donner?

—Sage disciple, lui dit le Saint-homme, voici pourquoi je t'ai appelé. Jadis, comme je me trouvais à Sou-tcheou, dans le temple du dieu Liu-tsou, la Couleuvre blanche de la montagne de la ville Bleue m'a suspendu au haut des airs, et m'a couvert de honte. Cet affront sanglant n'est pas encore vengé. La Couleuvre blanche est maintenant à Hang-tcheou. Veux-tu descendre avec moi de la montagne, et aller à Hang-tcheou pour exterminer ce monstre odieux, et satisfaire ma juste fureur?»

Le serpent noir s'élance devant lui par un mouvement impétueux. «Mon père, lui dit-il, votre disciple désire descendre avec vous de la montagne, et exterminer cette méchante fée, pour laver votre affront.»

Le Saint-homme est ravi de cette résolution. Soudain il sort de sa grotte avec le serpent noir, monte sur un nuage enchanté, et arrive en un clin d'œil à la ville de Hang-tcheou. Le maître et le disciple descendent de leur char vaporeux, et se rendent d'abord dans le temple du dieu qui protège la ville. «Sage disciple, dit Lo-i au serpent noir, va maintenant exterminer la Couleuvre blanche. Mais il faut user de prudence, et ne l'attaquer qu'au moment favorable; tâche surtout qu'elle ne puisse s'échapper.»

Le serpent noir obéit. Il monte sur un nuage qui le transporte dans le jardin fleuri de Blanche, et s'y cache en l'attendant.

Revenons maintenant à Blanche. Elle s'était levée au milieu du calme de la nuit, et s'était rendue dans son jardin fleuri pour prier le ciel et brûler des parfums. Comme elle allait se prosterner jusqu'à terre, le serpent noir la voit, et s'élance rapidement de son côté. Blanche est frappée tout à coup d'une odeur empestée, qui s'exhalait autour d'elle. Elle lève la tête, et quand elle aperçoit le monstre, elle tombe par terre sans connaissance et sans mouvement.

Le serpent noir ouvre une gueule béante et se prépare à la dévorer. Mais, du milieu des airs, accourut tout à coup un jeune dieu à tête de loriot blanc. Ému du danger de Blanche, il arriva d'un vol rapide par l'ordre suprême de Bouddha. Dès qu'il eut vu le serpent noir qui allait déchirer Blanche avec ses dents envenimées, il fondit du haut des nues sur ce monstre, et, d'un coup de bec, il lui emporta la moitié du corps; l'autre moitié resta toute sanglante par terre. Aussitôt que le jeune dieu eut ainsi délivré Blanche, il retourna vers la mer du Midi, pour rendre compte à Bouddha de sa commission.

La petite Bleue, se trouvant par hasard dehors, entendit pousser des cris affreux dans le jardin. Elle accourut précipitamment, et aperçut sa maîtresse qui était étendue par terre, sans donner signe de vie. Elle la relève avec empressement, et parvient à rappeler l'usage de ses sens. «Madame, lui demanda-t-elle, comment êtes-vous tombée de la sorte?

—Petite Bleue, lui répondit Blanche, quand elle fut sortie de sa léthargie, tout à l'heure j'étais venue brûler des parfums, et implorer la clémence du ciel; mais tout à coup je fus attaquée par un serpent noir qui était sur le point de me dévorer. Je fus glacée d'effroi et je tombai par terre sans connaissance. Comment as-tu appris ce triste événement, qui est-ce qui t'a envoyée à mon secours?

—Madame, répondit la petite Bleue, j'ai entendu vos cris d'effroi, et voilà pourquoi je suis accourue. Je pense que le serpent noir s'est enfui.» En disant ces mots, elle ramène Blanche dans sa chambre.

Parlons maintenant du Saint-homme Lo-i, qui était resté dans le temple. Ne voyant pas revenir le serpent noir, il conçut les plus vives inquiétudes. Soudain, il monte sur un nuage, pour aller s'informer de ce qu'il était devenu. Il vit le serpent noir qui venait d'expirer sous le bec acéré du dieu à tête de loriot blanc, et resta frappé de stupeur.

La petite Bleue ayant conduit Blanche dans sa chambre à coucher, retourna dans le jardin, pour rapporter la table des parfums, et aperçut, au bas d'une touffe de fleurs, la moitié du corps du serpent noir. Elle n'était pas encore sortie de son étonnement, lorsque, levant la tête, elle vit le Saint-homme Lo-i, qui était monté sur un nuage. Les soupçons de la petite Bleue s'éclaircissent sur-le-champ, et elle ne peut s'empêcher de l'accabler de reproches et d'injures. «Misérable! lui dit-elle, l'an passé ma maîtresse a eu pitié de toi, et t'a fait grâce de la vie; et au lieu de lui témoigner ta reconnaissance, tu es venu aujourd'hui avec un serpent noir pour la faire périr! Mais, grâces au ciel, ce serpent est mort de lui-même. Sans cela, elle aurait succombée sous tes coups homicides.

—Monstre odieux, lui répondit le religieux, elle a tué mon disciple, et elle a redoublé ainsi ma haine acharnée.»

La petite Bleue est transportée de fureur, et lève son glaive pour lui fendre la figure, mais le religieux pare le coup mortel avec un fouet qu'il tenait dans sa main. Après avoir lutté quelques instants sans succès, la fée détache sa ceinture de soie bleue, la lance dans l'air et la transforme en une corde qui a le pouvoir de lier les dieux eux-mêmes. Elle s'en sert pour garrotter le Saint-homme; ensuite elle appelle le vaillant guerrier qui porte un bonnet jaune, et lui ordonne d'aller précipiter le Saint-homme dans la mer d'Orient. La petite Bleue reprend alors sa ceinture, descend de son char de nuages, et rentre dans la chambre de sa maîtresse. «Madame, lui dit-elle, le stupide Tao-ssé du temple de Liu-tsou, était venu avec ce serpent noir, pour venger ses injures; mais je l'ai enchaîné avec ma ceinture bleue, et je l'ai jeté dans la mer d'Orient. J'ignore quel dieu bienfaisant a exterminé ce monstre, et a sauvé la vie de ma maîtresse.»

Blanche eut recours aux sorts. «Petite Bleue, s'écria-t-elle, c'est le jeune dieu à tête de loriot blanc, qui est venu par l'ordre de Fo (Bouddha) pour me délivrer.» A ces mots, elle sort de sa chambre avec la petite Bleue, et se tournant vers le ciel, elle remercia Fo de lui avoir sauvé la vie.

Blanche avait éprouvé tant d'émotion et d'effroi qu'elle était tombée malade, et était forcée de garder le lit. Hân-wen la soignait nuit et jour avec un zèle et une tendresse infatigables. Hiu-chi en ayant été informée, s'empressa de venir lui rendre visite. «Ma sœur, lui dit-elle, j'ai appris la maladie qui afflige votre précieuse santé, et j'ai voulu savoir moi-même de vos nouvelles.

—Je regrette, lui dit Blanche, que l'indisposition fortuite de votre indigne servante vous ait engagée à fatiguer vos pieds, qui sont beaux comme le jade; je ne mérite point un tel degré d'attention.»

La petite Bleue servit le thé dans la chambre à coucher. «Ma sœur, lui dit ensuite Hiu-chi, votre grossesse touche bientôt à son terme; vous devez prendre toutes les précautions convenables. Je ne forme qu'un vœu: c'est que vous ayez un fils qui puisse propager les rejetons de la famille de Hiu.

—Je vous remercie, lui dit Blanche, de ces paroles bienveillantes que j'estime autant que l'or. J'ai appris que ma belle-sœur est devenue enceinte en même temps que sa servante; j'aurais une prière à lui adresser: j'ignore si elle daignera répondre à mes vœux.

—Ma sœur, lui répondit Hiu-chi en souriant, parlez, je n'ai rien à vous refuser.

—Votre servante, lui dit Blanche toute joyeuse, arrivera comme vous, ce mois-ci, au terme de sa grossesse. Si nous avons chacune un fils, je désire qu'ils soient unis comme des frères; si nous avons deux filles, elles se regarderont comme des sœurs; mais si l'une obtient un fils et l'autre une fille, je désire qu'ils soient fiancés ensemble. J'ignore quelles sont vos dispositions.

—Ce serait une affaire charmante, lui dit Hiu-chi en souriant; je serai ravie de me rendre à votre désir. Ma résolution est prise; je jure de n'en jamais changer.»

Blanche allait répondre, lorsque Hân-wen entra dans la chambre. Aussitôt, elle l'informa du projet qu'elle venait de former avec Hiu-chi.

«Puisque ma sœur est dans de si bonnes dispositions, lui dit Hân-wen en riant, je veux lui remettre un faible présent, comme gage de notre promesse.» En disant ces mots, il ôte de son doigt un anneau de jade, et le présente à Hiu-chi. Celle-ci détache de sa tête une aiguille d'or, qu'elle remet à Hân-wen. Hân-wen retint sa sœur, et lui offrit une collation.

Quand le repas fut terminé, Hiu-chi prit congé de ses parents, et fit connaître à son mari le projet de mariage qui devait resserrer encore les liens des deux familles. Cette nouvelle remplit Kong-fou d'une joie inexprimable.

Aujourd'hui elles ont formé un projet de mariage; dans la suite, elles obtiendront de l'empereur de brillantes distinctions.

Revenons maintenant à Blanche. Comme elle était toujours malade, la longue conversation qu'elle avait eue avec Hiu-chi dans cet état de faiblesse, lui avait causé une vive émotion, et avait avancé l'époque de son accouchement. Au milieu de la nuit, elle commença à éprouver les premières douleurs. Hân-wen et la petite Bleue ne quittaient pas son lit, et lui prodiguaient les soins les plus assidus. A la troisième veille, à l'heure de midi, une clarté brillante illumina toute la maison, et l'astre Wen-sing descendit dans le monde. La petite Bleue prend l'enfant dans ses bras, et voyant que c'est un fils, elle se réjouit avec Hân-wen de ce bonheur qui mettait le comble à ses vœux. Ensuite, elle l'aide à porter Blanche sur son lit.

Quand le jour parut, Kong-fou, qui avait été informé de cet heureux événement, accourut pour en féliciter Hân-wen.

Le troisième jour, Hân-wen prépara un repas, auquel il invita son beau-frère et sa sœur. Après qu'ils eurent bu ensemble le Vin de l'allégresse[34], on donna à l'enfant le petit nom de Mong-kiao, et le nom honorifique de Yng-youân. Tout en buvant, Kong-fou dit à Hân-wen: «Votre épouse vient de vous donner un Ki-lin[35] de jade; mais j'ignore quel sera l'enfant de votre noble sœur.

—Mon frère, lui répondit Hân-wen, le ciel exauce toujours les vœux de l'homme; je suis sûr qu'elle vous donnera une fille.» Bientôt le soir vint, et les convives se séparèrent. Au milieu de la nuit, Hiu-chi éprouva les premières douleurs de l'enfantement; et, au lever du soleil, elle mit au monde une fille. Kong-fou et sa femme furent transportés de joie, et reconnurent que le ciel avait en effet exaucé leur vœu. Cette nouvelle ne fit qu'augmenter l'allégresse de Hân-wen et de Blanche. Hân-wen acheta aussitôt un rouleau de satin rouge, et alla le porter le troisième jour dans la maison de son beau-frère. Quand Kong-fou eut reçu ce présent, il invita Hân-wen à boire le Vin de l'allégresse, et donna à sa fille le nom de Pi-liên[36]. Pendant le repas, Hân-wen dit à Kong-fou: «Je vous avais bien dit que ma sœur aurait une fille: vous voyez que le ciel a exaucé nos vœux.» Quand le repas fut terminé, les convives se séparèrent.

Les deux familles fiancèrent leurs enfants, et depuis ce moment, elles se lièrent plus étroitement qu'auparavant. Mais, hélas! de cruels malheurs doivent encore fondre sur Blanche. A peine est-elle sortie de la caverne du tigre, qu'elle tombe sous la dent des dragons des eaux.

Si vous désirez savoir ce qui arriva ensuite, lisez le chapitre douzième.