Il devina plutôt qu’il ne vit, que la porte de la maison s’ouvrait ; il le devina au battement doux et précipité de son cœur.
— Où allez-vous donc, Romotchka ? lui cria de sa voix gaie et sonore Alexandra Pétrovna.
Il tira Leïba par la ceinture et sauta à terre. Chourotchka se tenait dans le sombre encadrement de la porte. Elle portait une robe blanche unie, avec un bouquet de fleurs rouges piqué à la ceinture sur le côté droit de son corsage ; des fleurs de même couleur mettaient dans ses cheveux une note vive et chaude. Chose étrange : Romachov était sûr que c’était elle et pourtant il ne la reconnaissait pas. Il pressentait en elle quelque chose de neuf, d’allègre, de radieux.
Tandis que Romachov lui bredouillait ses compliments, elle retenait sa main et, par un mouvement de tendre familiarité, le forçait à entrer à sa suite dans l’obscure antichambre. En même temps elle lui disait rapidement, et à mi-voix :
— Merci, Romotchka, d’être venu. Je craignais un refus ! Écoutez ! Soyez aujourd’hui aimable et gai ; ne faites attention à rien ! Vous êtes si drôle : à peine vous touche-t-on que vous voilà fané ! Quel pudique mimosa !
— Alexandra Pétrovna ! Votre lettre d’aujourd’hui m’a troublé. Elle contient une phrase…
— Cher ! cher ! laissons cela.
Elle lui prit les deux mains et les serra vigoureusement en le regardant dans les yeux. Et dans ce regard aussi Romachov lut des choses qu’il n’y avait jamais observées jusque-là : une certaine tendresse caressante, de la tension, de l’inquiétude, et tout au fond des prunelles bleues d’étranges, mystérieux, indéfinissables effluves.
— Je vous en prie, ne parlons pas de cela… Ne pensons pas à cela aujourd’hui… Ne vous suffit-il pas que j’aie tout le temps guetté votre arrivée, car je sais que vous êtes un pauvre poltron ? Je vous défends de me regarder ainsi.
Elle rit d’un rire embarrassé et hocha la tête :