Les autres convives s’étaient dispersés dans la clairière, non loin du bûcher. On avait commencé à jouer à la course, mais ce jeu cessa après que l’aînée des Mikhine, qu’avait attrapée Ditz, eut refusé de jouer davantage : sa voix tremblait d’indignation, mais elle ne voulut pas expliquer le motif de son refus.

Romachov s’enfonça dans le bois, suivant un étroit sentier. Il ne s’expliquait pas ce qu’il attendait ; mais un vague et délicieux pressentiment berçait langoureusement son cœur. Il s’arrêta. Il entendit derrière lui le craquement des branches sèches, puis des pas rapides et le froufrou soyeux d’une jupe de soie. Svelte et légère, Chourotchka venait à lui, claire sylphide dont la robe blanche brillait parmi les troncs noirs des grands arbres. Romachov alla à sa rencontre et, sans mot dire, la serra dans ses bras. La course rapide avait essoufflé Chourotchka : sa respiration chaude et précipitée caressait les joues et les lèvres de Romachov qui, sous sa main, sentait battre le cœur de la jeune femme.

— Asseyons-nous ! dit Chourotchka.

Elle se laissa choir sur le gazon et des deux mains arrangea ses cheveux sur la nuque. Romachov s’étendit à ses pieds et, comme le sol allait en pente à cet endroit, il ne pouvait apercevoir que les lignes tendres et imprécises de son cou et de son menton.

Subitement elle lui demanda d’une voix basse et frémissante :

— Romotchka, vous sentez-vous bien ?

— Oh oui ! répondit-il. Il réfléchit un instant, se rappela tous les incidents de la journée et répéta avec chaleur : Oh ! oui, je me sens si bien aujourd’hui, si bien ! Dites-moi, pourquoi êtes-vous ainsi aujourd’hui ?

— Comment suis-je donc ?

Elle se pencha plus près de lui, plongeant ses yeux dans les siens, et lui découvrant tout son visage.

— Vous êtes merveilleuse, surprenante ! Jamais encore vous n’avez été aussi belle. Je ne sais quoi chante et brille en vous. Il y a en vous quelque chose de nouveau, de mystérieux. Mais… Vous me pardonnerez, Alexandra Pétrovna… Ne craignez-vous pas qu’on vous cherche ?