— Non, mais je l’ai appris par hasard. Je sais.
Ils se turent. Les premières étoiles, scintillants points verts, s’allumèrent au firmament. On percevait à peine, sur la droite, des voix, des rires et des chants lointains. L’autre partie du bois demeurait plongée dans une moelleuse obscurité, dans un silence sacré. De cet endroit, on ne pouvait apercevoir le bûcher, mais parfois une vacillante lueur rouge courait, tel le reflet d’un éclair de chaleur, au sommet des chênes les plus rapprochés. Chourotchka caressait lentement la chevelure et le visage de Romachov, et abandonnait sa main aux lèvres du jeune homme.
— Je n’aime pas mon mari, dit-elle lentement — après un instant de réflexion. — Il est grossier, sans tact ni délicatesse. Ah ! j’ai honte de l’avouer, mais nous autres femmes n’oublions jamais les premières violences endurées. Puis il est si férocement jaloux ! Jusqu’à présent il me torture à cause de ce malheureux Nazanskiï. Il épie, s’accroche à des bagatelles, fait des suppositions si monstrueuses, me pose des questions abominables. Seigneur ! C’était cependant un roman bien innocent, presque enfantin ! Et pourtant le seul nom de Nazanskiï suffit à le mettre en rage.
Pendant qu’elle parlait, sa voix tremblait, et Romachov sentit frissonner la main qui lui caressait les cheveux.
— Tu as froid ? fit-il.
— Non, cher, je suis bien, dit-elle doucement.
Mais soudain, dans un irrésistible élan de passion, elle s’écria :
— Je suis si bien avec toi, mon amour !…
Alors il prit la main dans la sienne et, effleurant timidement ses doigts frêles, il lui demanda d’un ton hésitant :
— Dis-moi, je t’en prie… Tu viens de dire que tu ne l’aimes pas… Pourquoi dès lors êtes-vous encore ensemble ?…