Elle se redressa brusquement, s’assit et passa nerveusement les mains sur son front et ses joues, comme si elle sortait d’un long sommeil.
— Il est tard. Partons ! Il ne manquerait plus qu’on nous recherchât ! dit-elle d’une voix tout autre, parfaitement calme.
Ils se levèrent, et demeuraient tous deux en face l’un de l’autre, silencieux, haletants, se regardant sans se voir.
— Adieu ! — cria-t-elle d’une voix sonore. Adieu, mon bonheur, mon court bonheur !
Elle lui passa ses bras autour du cou, colla aux siennes ses lèvres brûlantes et moites, et, les dents serrées, dans un gémissement passionné, elle s’appuya contre lui de tout son corps. Romachov crut voir les noirs troncs des chênes s’incliner d’un côté tandis que la terre fuyait de l’autre, et il sentit le temps s’arrêter.
Mais Chourotchka, faisant un effort sur elle-même, se dégagea et prononça d’un ton décidé :
— Adieu ! C’est assez ! Partons maintenant !
Romachov se laissa tomber sur l’herbe, et, presque couché, lui enlaça les jambes et couvrit ses genoux de longs baisers fiévreux :
— Sacha ! Sachenka, balbutiait-il. Pourquoi ne veux-tu pas te donner à moi ? Pourquoi ?… Donne-toi à moi !
— Allons, partons !… pressa-t-elle. Mais levez-vous donc, Georges Alexéievitch. On va s’apercevoir de notre absence. Partons !