Romachov rougit et sentit instantanément des gouttes de sueur perler à son front.
— J’ai été… j’ai été… dans un certain endroit… et il ajouta presque en chuchotant… dans une maison publique.
— Ah ! vous êtes allé dans une maison publique ? reprit Ossadtchiï, avec une insistance cruelle et en haussant à dessein la voix ; il est probable que vous avez bu quelque chose dans cet établissement.
— Oui, j’ai bu, répondit brièvement Romachov.
— Bien. Je n’ai plus rien à demander, dit Ossadtchiï se tournant vers le président.
— Je vous prie de continuer votre exposé, dit Migounov. Vous nous disiez, je crois, que vous aviez jeté de la bière au visage du lieutenant Nicolaiev… Continuez !
Romachov raconta avec incohérence, mais sincèrement et sans omettre aucun détail, toute l’histoire de la veille. Il commençait déjà à dire, non sans une raideur timide, combien il regrettait sa conduite, lorsque le capitaine Peterson l’interrompit. Se frottant, comme s’il les essuyait, ses mains osseuses et jaunes aux ongles bleus et aux longs doigts inertes, il dit sur un ton de politesse exagérée, presque caressant et insinuant :
— Oui, évidemment, tout cela est très bien et fait honneur à vos beaux sentiments. Mais, dites-nous, sous-lieutenant Romachov… avant cette triste et regrettable histoire… n’avez-vous jamais fréquenté la maison du lieutenant Nicolaiev ?
Romachov se tint sur ses gardes, et sans regarder Peterson, répondit assez sèchement en se tournant vers le président :
— Si ! mais je ne vois pas le rapport que cela peut avoir avec notre affaire.