Elle se leva également. L’obscurité cachait ses mouvements à Romachov ; pourtant, il devinait qu’elle rajustait ses cheveux.
— Tu pars ? demanda-t-il.
— Adieu ! soupira-t-elle faiblement. Embrasse-moi pour la dernière fois.
Le cœur de Romachov tressaillit de pitié et d’amour. Il la chercha à tâtons dans l’ombre et, l’ayant trouvée, il couvrit de baisers ses yeux et ses joues baignées de larmes silencieuses. Il en fut tout ému.
— Ma chérie… ne pleure pas… Sacha… chérie… répétait-il tendrement.
Subitement, elle se jeta à son cou ; lui pressant la bouche, elle se colla tout contre lui et, de ses lèvres brûlantes, elle balbutia, frissonnante et respirant à peine :
— Je ne puis te quitter ainsi ! Nous ne nous reverrons plus. Ne craignons plus rien… Je le veux, je le veux. Une fois au moins… prenons notre bonheur… Chéri, viens donc, viens !
Et tous deux furent pris d’un brûlant, d’un divin délire. Un irrésistible tourbillon les emporta, et avec eux toute la chambre et tout l’univers. Un instant, sur la tache blanche de l’oreiller, Romachov entrevit, comme en un conte, les yeux de Chourotchka rayonnant d’une félicité suprême, et leurs lèvres, avidement, se rencontrèrent…
— Puis-je te reconduire ? demanda-t-il en accompagnant Chourotchka jusqu’à la porte de la cour.
— Au nom du ciel, cher… ne fais pas cela ! Je ne suis déjà restée que trop longtemps avec toi. Quelle heure est-il ?