— Je ne sais pas… attends, je vais allumer.
— Inutile, qu’importe. Adieu !
Elle tardait à partir et restait debout, appuyée contre la porte. De la terre et des pavés montait l’odeur sèche et capiteuse des nuits chaudes. Il faisait sombre, mais, à travers l’obscurité, Romachov s’aperçut, comme naguère dans le bois, qu’une étrange lueur blanche illuminait le visage de Chourotchka et qu’elle devenait semblable à une statue de marbre.
— Allons, adieu, cher, dit-elle enfin d’une voix brisée. Adieu !
Ils s’embrassèrent, mais les lèvres de Chourotchka étaient maintenant froides et immobiles. A pas pressés, elle traversa la cour et disparut aussitôt dans les ténèbres.
Romachov demeura sur le seuil jusqu’au moment où il entendit le guichet se refermer. Alors il revint à sa chambre. Une forte, mais délicieuse fatigue l’accablait : il s’endormit à peine déshabillé, s’enivrant une dernière fois de l’odeur légère et douce qui se dégageait de l’oreiller, l’odeur des cheveux de Chourotchka, de son parfum, de son jeune corps.
XXIII
2 juin 18..
Place de Z…
A Sa Haute Noblesse le colonel commandant le N… régiment, le capitaine Ditz du même régiment.