Il se trémoussait toujours ainsi à ses moments d’émotion ou d’embarras : il avançait tantôt l’un, tantôt l’autre genou, remuait les épaules, allongeait le cou, laissait pendre les bras et jouait nerveusement des doigts.

— Qu’est-ce que tu veux encore ?

— Votre Noblesse, j’ai une grande prière à te faire. Donne-moi le monsieur blanc.

— Quel monsieur blanc ?

— Celui que tu as dit de jeter. Tiens, le voilà.

Du doigt il désignait un buste de Pouchkine, oublié sur le plancher dans l’encoignure du poêle et que Romachov avait jadis acheté à un colporteur.

En dépit de l’inscription, cet horrible buste, tout couvert de chiures de mouches, représentait, à la place du grand poète russe, quelque vieux courtier juif. Romachov en était tellement dégoûté qu’il avait effectivement donné ordre de le jeter.

— Qu’en veux-tu faire ? — demanda en riant le sous-lieutenant. Eh bien ! prends-le. Je suis heureux de te faire plaisir. Je n’en ai pas besoin, mais que diable en veux-tu faire ?

Gaïnane se taisait, piétinant sur place :

— Allons, cela va bien, — fit Romachov. Mais au moins sais-tu qui c’est ?