[9] Diminutif de Vladimir. — H. M.
Romachov entra, l’air embarrassé, s’inclinant gauchement et se frottant les mains sans nécessité.
— Je m’imagine combien je vous ennuie, Alexandra Pétrovna !
Il disait cela, pensant s’exprimer sur un ton gai et dégagé, mais il parlait au contraire maladroitement et, comme il lui sembla sur-le-champ, d’une façon qui n’avait rien de naturel.
— Encore des sottises ! s’écria Alexandra Pétrovna. Asseyez-vous, nous allons prendre le thé.
Elle plongea son clair regard dans les yeux du jeune officier et lui serra énergiquement la main glacée de sa petite main chaude et douce.
Nicolaiev était assis, leur tournant le dos, à une table encombrée de livres, d’atlas et de croquis. Il devait passer prochainement l’examen d’admission à l’Académie d’État-Major, et pendant toute l’année s’y était préparé sans trêve ni répit. C’était déjà la troisième fois qu’il se présentait, car il avait été refusé deux années de suite.
Sans se retourner, et sans lever les yeux du livre ouvert devant lui, Nicolaiev tendit la main à Romachov par-dessus son épaule, en lui disant d’une voix calme :
— Bonjour, Iouriï Alexéitch. Rien de nouveau ? Chourotchka[10], offre lui du thé. Excusez-moi, je suis occupé.
[10] Diminutif familier d’Alexandra. — H. M.