« J’ai eu grand tort de venir, — pensa Romachov avec désespoir ; oh ! que je suis stupide ! »
— Non, rien de nouveau… Ah ! si, au mess, le centaure a attrapé le lieutenant-colonel Lekh qui, dit-on, était complètement ivre. Dans toutes les compagnies il exige qu’on s’exerce au maniement du sabre sur des mannequins… Il a fourré aux arrêts Épifanov.
— Pas possible ! émit distraitement Nicolaiev.
— Moi aussi, j’ai attrapé quatre jours… En somme, rien que du vieux neuf.
Il semblait à Romachov que sa voix n’était pas naturelle et que les paroles qu’il prononçait restaient dans sa gorge. « Je dois être piteux ! » pensa-t-il, mais sur-le-champ, il se tranquillisa en employant le procédé auquel ont fréquemment recours les gens timides : « C’est toujours comme cela, quand on est troublé, on se figure que tout le monde le voit, et en réalité il n’y a que toi à le remarquer et les autres ne s’en aperçoivent même pas. »
Il s’assit dans un fauteuil à côté de Chourotchka qui, jouant rapidement du crochet, brodait de la dentelle. Elle ne restait jamais oisive ; les nappes, les serviettes, les abat-jour et les rideaux de la maison, tout était l’œuvre de ses mains.
Romachov prit du bout des doigts le fil qui, partant du peloton, allait rejoindre la main de la brodeuse, et demanda :
— Comment s’appelle cet ouvrage ?
— De la guipure. C’est la dixième fois que vous me le demandez.
Chourotchka jeta, soudain, un regard rapide et attentif sur le sous-lieutenant et rabaissa vivement les yeux sur son ouvrage, mais aussitôt elle les leva de nouveau et se prit à rire.