— Cela ne fait rien, Iouriï Alexéitch… remettez-vous.
Romachov soupira et glissa un regard sur le cou puissant de Nicolaiev dont la blancheur tranchait sur le collet de sa vareuse grise.
— Heureux Vladimir Éfimytch, dit-il. Il s’en ira cet été à Pétersbourg… et entrera à l’Académie d’État-Major.
— C’est encore à voir ! s’écria à l’adresse de son mari Chourotchka, agressive. Il est déjà revenu deux fois la tête basse au régiment ; maintenant ce sera la dernière.
Nicolaiev se retourna. Son bon et martial visage, aux moustaches soyeuses, rougit, tandis que ses grands yeux noirs bovins lançaient un éclair de colère.
— Ne débite pas de sottises, Chourotchka ! J’ai dit que je passerais l’examen… et je le passerai. Il frappa vigoureusement la table avec la paume de sa main. Tu ne sais que jacasser. J’ai dit !…
— J’ai dit ! singea sa femme, et elle frappa comme lui son genou de sa petite main brune. Tu ferais mieux de me dire à quelles conditions doit satisfaire la formation de combat d’une unité ? Vous savez — et ses yeux mutins et futés sourirent à Romachov, — je suis plus forte que lui en tactique. Allons, Volodia, officier d’état-major, quelles sont ces conditions ?
— Assez de stupidités comme cela, Chourotchka, grommela Nicolaiev.
Mais, soudain, il se retourna avec sa chaise face à sa femme et écarquilla ses beaux yeux niais où se lisait de la stupéfaction, presque de l’effroi.
— Attends, ma petite fille, en effet, je ne me souviens pas très bien. La formation de combat ? La formation de combat doit être le moins vulnérable possible et commode à manier… ensuite… attends…