— Pour ton attends, tu me paieras une amende[11], l’interrompit triomphalement Chourotchka.
[11] Il y a ici dans le texte russe un jeu de mots intraduisible en français. — H. M.
Et elle se mit à réciter avec volubilité, comme une bonne écolière, en baissant les paupières et se dandinant :
— La formation de combat doit satisfaire aux conditions suivantes : célérité, mobilité, souplesse, facilité de commandement, adaptation au terrain. Elle doit être aussi peu vulnérable que possible, se ployer et se déployer facilement et passer rapidement à l’ordre de marche… c’est tout !…
Elle ouvrit les yeux, reprit difficilement haleine et, tournant son visage rieur et mobile vers Romachov, lui demanda :
— Est-ce bien ?
— Diable, quelle mémoire ! s’écria avec un jaloux enthousiasme Nicolaiev, en se replongeant dans ses cahiers.
— Nous sommes toujours ensemble, expliqua Chourotchka, de sorte que je pourrais très bien passer l’examen à l’instant même. La chose capitale (elle frappa l’air de son crochet à tricoter), la chose capitale, c’est la méthode. Notre méthode, elle est de mon invention : j’en suis très fière. Chaque jour nous étudions un peu de mathématiques, un peu d’art militaire — l’artillerie, à la vérité, ne me va pas ; toujours des formules assommantes, surtout en balistique — puis quelques articles des règlements militaires. Enfin, un jour les langues, et le lendemain l’histoire et la géographie.
— Et le russe ? demanda Romachov, par politesse.
— Le russe ? Bagatelle ! Nous sommes déjà venus à bout de l’orthographe selon Grote[12]. Et les dissertations, on sait ce qu’elles sont ! Toujours les mêmes chaque année : « Para pacem, para bellum. — La caractéristique d’Oniéguine[13] par rapport à son époque… »