— Vous ne pouvez, bien entendu, vous passer de cette saleté ?

Romachov eut un sourire contrit et, dans son trouble, s’engoua en avalant son eau-de-vie, et fut secoué d’une quinte de toux.

— Vous n’avez pas honte ! l’admonesta la maîtresse de maison. Vous ne savez pas encore boire et déjà… Je comprends qu’on passe cela à votre bien-aimé Nazanskiï, c’est un être incorrigible, mais vous, pourquoi buvez-vous ? Comment un excellent garçon jeune et intelligent comme vous l’êtes, ne peut-il se mettre à table sans une lampée de vodka… Voyons, pourquoi ? C’est ce Nazanskiï qui vous débauche.

Le mari qui, pendant ce temps, lisait un ordre qu’on venait de lui apporter, s’écria soudain :

— Ah ! à propos : Nazanskiï est envoyé en congé d’un mois pour affaires de famille. Hé, hé, hé ! Ce qui veut dire qu’il s’est encore enivré ! Iouriï Alexéitch, à coup sûr, vous l’avez vu ? Est-ce qu’il est retombé dans l’ivrognerie ?

Romachov, tout décontenancé, cligna des paupières.

— Non, je n’ai rien remarqué. D’ailleurs, évidemment, il boit…

— Votre Nazanskiï est dégoûtant ! dit Chourotchka avec colère, d’une voix basse et contenue. Si cela dépendait de moi, je tuerais les gens de cette sorte comme des chiens enragés. De pareils officiers sont une honte pour le régiment, une abomination !

Aussitôt après le souper, Nicolaiev, qui mangeait copieusement et avec autant de zèle que lorsqu’il s’occupait de ses sciences militaires, se mit à bâiller et, finalement, déclara tout franchement :

— Si on allait dormir un peu ? « Faire un petit somme », comme on disait dans les bons vieux romans d’autrefois.