— Pavel Pavlytch, Bek est-il vraiment Tcherkesse ? demanda Romachov à Vietkine.

— Je crois que oui. Parfois en effet on voit des Arméniens se faire passer pour des Tcherkesses et des Lezghiens ; mais Bek, il me semble, n’est pas menteur. Non, mais regardez comme il se tient à cheval !

— Attendez, je vais l’appeler, dit Lbov.

Il se fit un porte-voix de ses mains et cria d’une voix étouffée pour n’être pas entendu du commandant de compagnie.

— Lieutenant Agamalov ! Bek !

Le cavalier entendit l’appel, tira les rênes de sa monture, s’arrêta une seconde et regarda à droite. Puis, faisant tourner son cheval de ce côté et se courbant légèrement sur sa selle, il sauta avec souplesse le fossé et se dirigea au petit galop vers les officiers.

Il était d’une taille inférieure à la moyenne, maigre, bien musclé et très vigoureux. Son visage, au front fuyant, au nez fin et busqué, aux lèvres fortes et décidées, était mâle et beau et n’avait pas encore perdu la pâleur caractéristique de l’Orient, pâleur à la fois mate et basanée.

— Bonjour, Bek, dit Vietkine. Devant qui paradais-tu là-bas ? Devant des demoiselles ?

Bek-Agamalov serra la main à chacun des officiers, en se penchant négligemment. Il sourit et ses dents blanches et serrées parurent jeter un éclat de lumière sur tout le bas de son visage et sur ses petites moustaches noires bien soignées.

— Deux jolies petites Juives se promenaient là-bas. Mais que m’importe ! Je n’y fais pas attention.