— Romotchka ! vous êtes fou ! que faites-vous ?
Il prit la petite main gantée qu’elle lui tendait à travers la fenêtre, la baisa hardiment d’abord en haut, ensuite plus bas près du poignet, dans la petite ouverture ronde au-dessus des boutons. Jamais il n’avait encore osé cela, mais la jeune femme, comme subissant inconsciemment l’attirance de cette vague d’audacieuse exaltation qui avait si subitement écumé en lui, ne s’opposa pas à ses baisers, se contentant de sourire et de le regarder avec un étonnement confus.
— Alexandra Pétrovna ! comment vous remercier ! que vous êtes charmante !
— Romotchka, qu’avez-vous ? De quoi vous réjouissez-vous ? dit-elle en riant, mais en fixant sur lui des regards curieux. Vos yeux sont brillants. Je vous ai apporté des friandises comme à un prisonnier. Aujourd’hui nous avons de délicieux chaussons aux pommes. Stépane, donnez donc le panier.
Il la contemplait de ses yeux luisants et amoureux en gardant, sans qu’elle s’y opposât, sa main dans la sienne, puis il lui dit précipitamment :
— Ah ! si vous saviez à quoi j’ai pensé pendant toute la matinée d’aujourd’hui… Si vous pouviez le savoir ! Mais ce sera pour plus tard…
— Oui, pour plus tard… Voici mon mari, mon maître qui vient… Laissez ma main. Comme vous êtes étrange aujourd’hui, Iouriï Alexéievitch. Vous avez même embelli.
Nicolaiev s’approcha de la fenêtre. Fronçant les sourcils, il souhaita le bonjour à Romachov sur un ton plus ou moins aimable et pressa aussitôt sa femme.
— Viens, Chourotchka, viens, ta conduite est ridicule. Ma parole, vous êtes fous tous les deux. Si le colonel apprenait cela, ce serait du joli ! Tu sais bien qu’il est aux arrêts. Adieu, Romachov, venez nous voir.
— Oui, venez nous voir, Iouriï Alexéievitch, répéta Chourotchka.