Elle quitta la fenêtre, mais y revint aussitôt et chuchota rapidement :
— Écoutez, Romotchka, franchement, ne nous oubliez pas. Vous êtes le seul homme que je considère comme un ami. Vous m’entendez ? Seulement, ne me faites pas des yeux de mouton comme cela, sinon je cesserai de vous voir. Je vous en prie, Romotchka, ne vous en faites pas accroire. Vous n’êtes pas encore tout à fait un homme.
VII
A trois heures et demie, le lieutenant Fédorovski, adjudant major du régiment, entra chez Romachov. C’était un jeune homme de taille élevée et, comme disaient les femmes d’officiers, de belle prestance. Il avait le regard glacial et ses moustaches retombaient sur ses épaules. Il affectait une courtoisie exagérée, mais strictement officielle, à l’égard des officiers subalternes, ne se liait avec aucun d’eux et avait une haute opinion de son emploi. Les commandants de compagnie recherchaient ses bonnes grâces.
A son entrée dans la chambre, il jeta en clignant des yeux un regard rapide sur la misérable installation de Romachov. Le sous-lieutenant qui, en ce moment, était étendu sur son lit, se leva vivement et s’empressa de boutonner, en rougissant, les boutons de sa vareuse.
— Je suis venu vous chercher par ordre du colonel, dit Fédorovski d’un ton sec, veuillez vous habiller et me suivre.
— Pardon… tout de suite… dois-je prendre la tenue de jour ? Excusez-moi d’être en costume négligé.
— Ne vous gênez pas, je vous prie. Mettez une tunique. Si vous le permettez, je vais m’asseoir.
— Oh ! pardon ! Je vous en prie. Vous offrirai-je du thé ? s’empressa Romachov.
— Non, je vous remercie, faites au plus vite.