— Mais, mon ami[22] ! Bobétinskiï haussa les épaules et les sourcils et ouvrit des grands yeux stupides. Mais, mon ami, à quoi bon ? Pourquoi ? En vérité, vous me… comment dit-on ? vous me surprenez !
[22] Les mots soulignés dans les phrases de Bobétinskiï sont en français dans le texte russe. — H. M.
— Mon cher, je vous en prie…
— Attendez… D’abord, pas de fé-mi-lia-rités. Qu’est-ce que c’est que ces expressions : mon cher, un tel, etc.
— Je vous en supplie, Pierre Thaddéitch… j’ai mal à la tête… et à la gorge… positivement, je ne puis pas…
Romachov implora longtemps et instamment son camarade. A la fin, il se décida même à avoir recours à la flatterie. Personne au régiment ne savait conduire les danses d’une manière aussi distinguée et aussi variée que Pierre Thaddéitch, et, de plus, une dame le priait de s’en charger…
— Une dame ?… — Bobétinskiï prit un air distrait et mélancolique. — Une dame ? A mon âge… Il sourit avec une amertume et un désenchantement simulés. Qu’est-ce que la femme ? Ha ! ha ! ha !… une énigme ! Allons, c’est bien, s’il en est ainsi, j’y consens… j’y consens…
Et soudain, il ajouta sur le même ton désenchanté :
— Mon cher ami, n’avez-vous pas… comment dit-on… trois roubles ?
— Non, malheureusement !… soupira Romachov.