Olizar lui fit une demi-révérence, en faisant tinter ses éperons, et étira de la main les deux pointes de ses moustaches.

— Madame, voilà une question à laquelle Martin Zadeka[24] lui-même ne saurait que répondre.

[24] Auteur d’une Clef des Songes, dont il est parlé dans Pouchkine (Eugène Oniéguine, V. 22). — H. M.

Comme à cet instant Olizar jetait un coup d’œil sur son corsage outrageusement décolleté, elle se mit à pousser de nombreux et profonds soupirs.

— Ah ! j’ai toujours une température très élevée ! continua Raïssa Alexandrovna, dont le sourire laissait entendre que ses paroles avaient un sens caché, inconvenant, grivois. J’ai un tempérament si brûlant !!!…

Olizar eut un court et vague hennissement.

Romachov, immobile, jetait des regards obliques sur la Peterson, et songeait avec répulsion : « Oh ! comme elle me dégoûte ! » Et, à la pensée des relations intimes qu’il avait naguère entretenues avec cette femme, il éprouva la même sensation que s’il n’était pas lavé et n’avait pas changé de linge pendant plusieurs mois.

— Oui, oui, oui, ne vous moquez pas, comte, vous ne savez pas que ma mère était Grecque !

« Et elle parle d’une façon si désagréable, songeait toujours Romachov. C’est bizarre que je ne l’aie pas remarqué plus tôt. Elle parle comme si elle avait un rhume de cerveau chronique ou un polype dans le nez. »

A ce moment, la Peterson se tourna du côté de Romachov et le provoqua de ses yeux clignotants.