A son habitude, Romachov murmura mentalement : « Son visage se fit aussi impénétrable qu’un masque. »
— Bonjour, Iouriï Alexéitch ! Pourquoi ne venez-vous pas me saluer ? chantonna Raïssa Alexandrovna.
Romachov s’approcha. Elle lui serra vigoureusement la main, tandis que ses prunelles méchantes se rapetissaient et se faisaient perçantes comme des vrilles.
— Selon votre désir, je vous ai réservé le troisième quadrille. J’espère que vous ne l’avez pas oublié ?
Romachov s’inclina.
— Comme vous êtes peu aimable, grimaça la Peterson. Vous devriez me dire : « Enchanté, madame. » C’est un lourdaud, n’est-ce pas, comte ?
— Parfaitement… je ne l’ai pas oublié… marmotta Romachov sur un ton mal assuré. Je vous remercie de cet honneur.
Bobétinskiï contribuait peu à égayer la soirée. Il dirigeait les danses avec un air désabusé et protecteur, comme s’il remplissait quelque obligation fort ennuyeuse pour lui, mais de la plus haute importance pour tout le monde. Cependant, avant le troisième quadrille il s’anima, et traversant la salle à pas rapides et glissants, comme s’il patinait sur la glace, il cria d’une voix de stentor :
— Quadrille monstre ! Cavaliers, engagez vos dames !
Romachov et Raïssa Alexandrovna prirent place près de la fenêtre des musiciens ; ils avaient pour vis-à vis Mikhine et la femme de Lechtchenko qui arrivait à peine à l’épaule de son cavalier. Le nombre des danseurs avait notablement augmenté pour le troisième quadrille ; aussi, les couples durent-ils prendre position, en long et en large de la salle. Comme les uns et les autres étaient forcés de danser à tour de rôle, on avait soin de répéter chaque figure.