— Et pourquoi, s’il vous plaît ? Pour la guerre ? Avec les armes à tir rapide d’aujourd’hui, on ne te laissera pas approcher à cent pas, à quoi diable te servira ton sabre ? Je ne suis pas un officier de cavalerie. En cas de besoin, je prendrai plutôt mon fusil et, avec la crosse, pan, pan, sur les caboches. C’est plus sûr.
— C’est bien, mais en temps de paix ? Peut-on prévoir ce qui peut arriver ? Une émeute, une insurrection, ou bien…
— Eh bien, quoi ? A quoi me servira mon sabre ? Je ne me livrerai pas à la sale besogne de fendre les têtes des gens ! « Compagnie… feu ! » et l’affaire est dans le sac…
Bek-Agamalov prit un air mécontent.
— Allons, tu dis toujours des sottises, Pavel Pavlytch. Réponds sérieusement. Tu es en promenade ou au théâtre, ou bien, par exemple, tu te trouves au restaurant et quelque pékin t’insulte, ou même — prenons un cas extrême — te donne un soufflet. Que feras-tu ?
Vietkine haussa les épaules et serra dédaigneusement les lèvres.
— Hum ! en premier lieu, aucun pékin ne me frappera, parce qu’on ne frappe que celui qui a peur d’être frappé. En second lieu… que ferai-je ? Je lui enverrai une balle de revolver.
— Et si tu as laissé ton revolver chez toi ? demanda Lbov.
— Hum, diable… alors j’irai le chercher… Ce n’est pas plus malin que cela. On avait un jour insulté un cornette dans un café-chantant ; il se fit conduire chez lui en fiacre, rapporta son revolver et tua deux pékins. Et voilà tout !…
Bek-Agamalov secoua la tête avec dépit.