— Frapper un soldat est infâme. On ne doit pas frapper un homme qui, non seulement ne peut pas répondre, mais qui n’a même pas le droit de lever la main à hauteur de son visage pour parer un coup, ou d’écarter la tête. C’est honteux !
Sliva eut un foudroyant clignement d’yeux, avança dédaigneusement sa lèvre inférieure au-dessous de ses courtes moustaches grisonnantes et toisa Romachov de la tête aux pieds.
— Qué… qu’est-ce que c’est que cela ? laissa-t-il tomber sur le ton du plus profond mépris.
Romachov blêmit, un frisson lui courut par tout le corps et son cœur se mit à battre à tout rompre.
— Je disais que c’était honteux… Oui, et je le répète… voilà…
— Ah ! par exemple ! — fredonna Sliva. Ne vous tourmentez pas. J’en ai connu des poseurs de votre espèce. Mais, vous-même, dans un an, si d’ici là on ne vous a pas flanqué à la porte du régiment, vous taperez sur les museaux des soldats. Et de la belle manière encore !
Romachov le dévisagea haineusement et dit, presque à voix basse :
— Si vous frappez les soldats, je ferai un rapport contre vous au colonel.
— Que dites-vous ? s’emporta Sliva, mais il se radoucit sur-le-champ. Laissons de côté ces absurdités, reprit-il sèchement. Sachez, sous-lieutenant, que vous êtes encore trop jeune pour faire la leçon à de vieux officiers expérimentés qui ont servi vingt-cinq ans leur empereur avec honneur. Je prie messieurs les officiers de se rendre à l’école de la compagnie, conclut-il.
Il tourna brusquement le dos aux officiers.