L’arrivée de la mahonne interrompt mes recherches. Nous prenons congé de notre escorte et nous embarquons précipitamment. Le boghaz (détroit) n’est pas large, mais nous avons contre nous le flot et le vent et il nous faut plus d’une heure pour gagner le rivage où le fils du maître du port, Si-Garfalla, nous reçoit et nous conduit chez lui. Après un dîner improvisé nous allons à la ville (Houmt-Adjim) faire quelques provisions. Les maisons sont propres et blanches, les vergers nombreux et bien tenus, les fruits abondants. Nous remarquons une mosquée ibadite[20].

La nuit nous ramène à la Direction du port où le cheikh vient nous faire ses compliments et nous offre des oranges avec un luxe de politesse qui malheureusement n’est pas désintéressé.

En effet le lendemain matin il a grand soin de nous installer à bord d’une de ses barques et de se faire payer pour la traversée jusqu’à Zarzis la somme fantastique de trente francs, le double au moins du prix ordinaire. Ali-ben-Garfalla, qui s’était chargé de nous procurer un bateau, n’est pas content, mais il craint le cheikh et n’ose pas protester.

L’embarquement se fait en quelques minutes ; nous longeons la côte occidentale de Djerba et filons rapidement jusqu’à Bordj Tabella. Il faut ensuite remonter au nord en louvoyant et suivre plus tard un chenal étroit où notre barque s’engrave à chaque instant. Nous craignons même qu’il ne faille attendre le retour de la marée. Nous réussissons cependant à atteindre le bordj Kastin où le chenal s’élargit et, après avoir traversé un vaste champ d’algues d’un vert pomme, nous gagnons enfin une mer plus libre. A deux heures, nous commençons à longer la côte sur laquelle apparaissent des Palmiers dominés par un plateau couronné d’Oliviers. A mesure que nous avançons, les vergers deviennent plus denses, des koubbas blanches émergent dans la verdure un peu métallique des Dattiers. Le plateau s’abaisse graduellement, à l’oasis succède une grève au bout de laquelle apparaît une maison à étage, le Bordj-el-Mersa près duquel se balancent les mâts de nombreuses mahonnes. Faute de jetée, nous débarquons sur le dos de nos marins et sommes reçus par l’adjudant chargé du service de la poste et du télégraphe, M. Ecarnot, qui nous emmène aussitôt au village de Zarzis, à un kilomètre du port. Le gouverneur de l’Aradh, Sid-Allegro, avec son amabilité ordinaire, avait mis sa maison à notre disposition, mais la clef était chez M. Carleton, agent de la commission financière, et M. Carleton était à Sfax avec la clef de son propre logis ! Nous sommes donc fort heureux d’installer notre tente dans la cour du vieux fort, bâti par Ali-Bey, très pittoresque mais très inoffensif avec ses fossés, son pont-levis, sa porte bardée de fer et ses treize canons rongés par la rouille sur leurs affûts détraqués. Nous acceptons avec reconnaissance la cordiale hospitalité que nous offrent l’adjudant et ses adjoints.

§ 3. — ZARZIS ET LA SEBKHA MELLAHA.

Zarzis, grande oasis méridionale de l’Aradh, au fond de la Syrte, avait inspiré, au point de vue botanique, les plus grandes espérances à notre président, qui m’avait recommandé de l’explorer avec soin. Aussi, du 10 au 16 mai, n’avons-nous cessé d’y faire de nombreuses excursions dans tous les sens et d’en scruter scrupuleusement les vergers et les ravins. La réalité malheureusement n’a pas répondu aux espérances : la flore de Zarzis a un caractère essentiellement méditerranéen et, sauf quelques rares plantes orientales, ne présente qu’un médiocre intérêt.

Les sables du rivage ne nous offrent que les espèces ordinaires des grèves de l’Algérie et des côtes françaises de l’Océan :

Les vases à l’ouest du port sont couvertes d’une Salsolacée, l’Halostachys perfoliata Moq.-Tand.

La végétation du plateau offre également un caractère septentrional, accusé par la liste suivante :