L’exploration de Djerba étant réservée à nos collègues de la mission, je me garde bien d’empiéter sur leur domaine et pendant notre séjour je ne m’occupe que de récolter des Mollusques et de rédiger un modeste vocabulaire du dialecte berbère de l’île.

Le 20 mai, il faut nous lever avant l’aube pour nous embarquer sur une mahonne et aller attendre à sept kilomètres en mer l’apparition de la Ville-de-Bône qui nous amenait, à midi, devant Gabès.

Malgré la houle, le débarquement se fait sans difficulté, à l’entrée de la rivière et nous pouvons, dans la maison hospitalière du colonel de La Roque, nous reposer un peu de nos fatigues, mettre en ordre nos récoltes et préparer une nouvelle exploration.

V

De Gabès à Debabcha (Nefzaoua).

Après quatre journées employées à ces diverses occupations, nous prenons le 25 mai la route du Nefzaoua. Nous dépassons la zone des oasis de Menzel, et traversons la plaine aride et monotone jusqu’à un large col pierreux, entre deux collines plates garnies de quelques buissons de Zizyphus Lotus et de Nitraria tridentata. Au delà de ce passage, situé à mi-chemin entre Gabès et El-Hamma, le sol se hérisse de petites buttes de terre blanchâtres couronnées de Zizyphus Lotus et de Calycotome intermedia, au milieu desquelles apparaît sur la droite le puits nommé Bir Chenchou, entouré d’un mur. On y descend par une pente assez douce qui en permet l’accès aux troupeaux : aussi l’eau est-elle souillée d’ordures et a-t-elle contracté un goût de suint repoussant.

Pendant que l’on prépare le déjeuner, nous récoltons quelques plantes : Neurada procumbens, Euphorbia cornuta, Filago Mareotica et Thymus capitatus.

Nous reprenons notre route à travers la plaine que coupe bientôt une chaîne de hautes collines calcaires où courent des perdrix et où paît une troupe de gazelles qu’un coup de feu met en fuite. Sur les bords rocheux du sentier, nous recueillons le Reseda Arabica et le Zollikoferia quercifolia qui commencent à peine à fleurir. Nous ne tardons pas à découvrir au bas de la rampe occidentale de ce petit relèvement l’oasis d’El-Hamma des Beni-Zid, long îlot de Dattiers où se dessinent les deux villages de Debdaba et d’El-Kaçr. Nous allons camper auprès du premier, où réside le khalifa, qui doit à son titre de marabout et à son indomptable énergie une autorité incontestée.

Nos tentes une fois installées dans un jardin de Palmiers, où croît en abondance l’Atriplex dimorphostegia, un des fils du khalifa nous sert de guide et nous montre successivement les quatre sources thermales auxquelles l’oasis doit son nom. Chacune a son bassin, encadré de larges pierres taillées. Les deux principales sourdent à une température d’environ 45 degrés ; au-dessus de chacune d’elles s’élève un bâtiment construit en majeure partie avec des débris romains et renfermant de petites chambres garnies de nattes sur lesquelles les baigneurs viennent faire leur sieste. Le fond de la source est encombré de grosses pierres taillées et une espèce rare de Chauves-souris s’accroche au plafond au milieu de la vapeur chaude.

L’oasis est assez vaste et l’on y a entrepris de nouvelles plantations dans la direction de la rivière qui coule à deux kilomètres environ vers le sud-ouest. Les dattes, soumises encore à l’influence du climat marin, sont très médiocres, meilleures cependant qu’à Gabès.