Des touffes basses de Tamarix Gallica, le Retama Rætam et le R. sphærocarpa y représentent la végétation frutescente.

Ici le mélange des plantes sahariennes et des espèces des hauts plateaux, que nous avons signalé à Sidi-Aïch, s’accentue davantage. Nous sommes dans une zone mixte, ainsi que le démontre la liste suivante :

Nous sortons du lit de l’oued pour rentrer dans la plaine d’alluvions de la rive gauche. Devant nous, s’ouvre à l’horizon un défilé dominé à l’ouest par des rochers presque verticaux ; mais avant d’y arriver, nous voyons poindre deux cavaliers sur la route poudreuse ; bientôt nous distinguons leurs képis et devinons le docteur Robert qui vient à nous, suivi de son ordonnance. La rencontre a lieu avec de cordiales poignées de mains et nous remontons ensemble la longue rampe du khanguet, le long des rochers tout barbus de buissons et habités par des Pigeons (Columba Livia). Parvenus au sommet, nous quittons la route pour piquer droit sur Feriana. Devant nous, s’étend une chaîne de collines assez basses, dont le pied est occupé par une oasis d’arbres fruitiers que domine le panache solitaire d’un Dattier, en face de nous, par un amas de bâtiments blancs et de baraques (c’est le camp), et sur la gauche, par un vaste champ de ruines, vestiges des splendeurs de Thelepte.

L’excellent docteur, après nous avoir présenté aux officiers du Bureau des renseignements et de la garnison, m’emmène dans une gorge crayeuse où il a découvert une plante dont nous voyons ensemble les premières fleurs ; c’est un charmant Hypericum nouveau pour la Tunisie et sans doute pour la science[29].

Le 22 juin, nous employons la journée à visiter les ruines de Thelepte, les hautes roches entaillées à pic par les carriers et qui portent à leur faîte les restes d’une citadelle, un grand édifice à six niches veuves de leurs statues et qui semble avoir servi de bains, un ensemble formidable de murs, où l’œil démêle encore le réseau des rues, la basilique, bien reconnaissable aux bases de ses colonnes, et, à l’est du plateau, au milieu de débris confus, quatre hautes colonnes encore debout, que les Arabes nomment les Frères et qui ont dû supporter une coupole. Nous prenons au retour le lit d’un petit canal qui, du pied de la citadelle antique, porte les eaux fraîches d’une source jusqu’au camp et aux jardins, en suivant le pied d’une colline aux flancs rocheux. Sur les bords, où pullulent les Lauriers-Rose, le Juncus Fontanesii, le Mentha rotundifolia, l’Adianthum Capillus-Veneris, croissent de belles touffes de Carex echinata ; les rochers offrent une variété intéressante du Scabiosa crenata, l’Allium Cupani, l’Argyrolobium uniflorum, le Rhamnus lycioides, l’Euphorbia glebulosa, le Blitum virgatum, l’Ononis Columnæ, le Sideritis montana et le Telephium Imperati.

Nous faisons aussi une promenade dans le village indigène, entouré de jardins et de quelques champs de céréales. Les routes sont bordées d’Opuntia Ficus-Indica, les jardins renferment des Figuiers, des Abricotiers, quelques Poiriers et Pruniers et de beaux Grenadiers en fleurs. Les légumes sont surtout représentés par les Oignons et les Cucurbitacées.

23 juin. Le docteur Robert nous a conviés à une longue course. Il nous conduit d’abord à un groupe de jardins semés de nombreux vestiges d’un établissement romain, qui devait avoir une certaine importance. Après avoir mis pied à terre pour fouiller un petit bassin où vit une Amnicole et pour recueillir l’Hypericum tomentosum, nous longeons un aqueduc, en grande partie souterrain, et rejoignons la plaine où se déroule la route de Feriana à Kairouan. Nous la suivons jusque vers le travers du Djebel Khechem-el-Kelb. Cette montagne borne au nord un véritable fourré bas et dru de Halfa (Stipa tenacissima), dont les grosses touffes et les hautes tiges nous forcent à d’incessants détours. Quelques pieds de Linaria fallax et de Centaurea pubescens s’y dissimulent. Après trois quarts d’heure de cette marche sinueuse et pénible, nous gagnons le pied de collines couvertes de Pins d’Alep et pénétrons dans un ravin à pente raide, où la roche se montre à nu, et où les pierres roulent sous les pieds de nos montures. Bientôt même, il faut descendre et s’arrêter. A côté d’un superbe Bupleurum qui commence à peine à fleurir et que j’ai cueilli en 1862 sur la frontière au Djebel Bou-Djaber (B. Gibraltaricum), croît abondamment le Linum suffruticosum. Dans les anfractuosités de la crête s’abritent les Linaria flexuosa, Polycarpon Bivonæ et Fumaria Numidica.

Après un déjeuner rapide, le docteur et moi, malgré la température torride, nous abandonnons le ravin pour atteindre une longue couche de rochers coupés à pic de notre côté et formant une table inclinée sur le revers opposé. Nous en suivons le pied jusqu’à un col élevé et revenons ensuite par le chemin relativement facile des crêtes, rapportant de cette courte exploration, outre les espèces ci-dessus indiquées, les :