Les Trigonella polycerata, Minuartia campestris, Carduncellus Atlanticus et Calamintha graveolens n’avaient point encore été rencontrés en Tunisie. De tout le voyage, nous n’avions fait en aussi peu de temps, et sur un espace aussi restreint, une moisson aussi précieuse.

Cependant le convoi nous a dépassés avec ses lourds chameaux, l’heure s’avance et l’appétit vient. Nous poursuivons notre route en longeant de grands carrés de blés ; çà et là des Artichauts sauvages (Cynara Cardunculus), qui montrent leurs capitules aux épines féroces, attestent, de même que la beauté des épis jaunissants, la profondeur de l’humus.

Au plateau fertile succède un col ombragé de quelques arbres et coupé par des ressauts de calcaires stratifiés. Nous en descendons la pente pour tourner à droite dans une plaine plus basse où les moissons ne sont pas rares et m’offrent, avec des débris d’Androsace maxima, des touffes nombreuses de Gypsophila compressa. Le terrain, qui s’élève vers le nord-est, est couvert de bois de Pins, et devant nous une ruine, qui fut une forteresse au temps de l’occupation romaine, domine du haut d’une colline légèrement aplatie un marécage rempli de Joncs, de Cypéracées et de hautes Graminées. La source qui lui donne naissance s’appelle Aïn Bou-Driès et doit son nom au Thapsia Garganica (en arabe Driès, Deriès) dont les ombelles jaunissent la colline. Bêtes et gens se précipitent vers l’eau. J’aperçois, dans le fouillis végétal d’où s’échappe le ruisseau, une touffe énorme de Senecio giganteus que je n’atteins qu’à grand’peine en enfonçant jusqu’à mi-jambe dans le sol spongieux et tremblant.

La fraîcheur de la source, la beauté du paysage, la proximité des ruines nous invitaient à faire halte à Aïn Bou-Driès, mais cet arrêt n’était pas prévu dans notre itinéraire et nous avions intérêt à pousser plus loin avant la pluie qui menaçait. Nous reprenons donc notre route en suivant, à gauche du ravin qui se creuse en descendant, le bord d’un plateau où le sol gréseux s’effrite et se couvre d’une couche de sable. A mesure que nous avançons, le plateau est coupé de ravins de plus en plus profonds, aux ramifications anastomosées qui rendent notre marche de plus en plus difficile ; en outre nous étions entrés dans un bois de Pins d’Alep et de Chênes-verts rabougris où il n’était pas aisé de se frayer un passage. Nous campons dans un ancien champ au-dessus du ruisseau qui, rencontrant une assise de roche plus résistante, forme une chute d’un mètre et demi de hauteur et prend le nom d’Oued Cherchara (rivière de la cascade). Sur l’autre rive, la colline devient une vraie montagne toute verte de grands Pins où roucoulent les palombes. Près de notre tente une dépression, profonde de plus de sept mètres et large au plus de deux, entaille le grès du plateau et ne s’évase un peu qu’en débouchant dans l’oued ; là elle est obstruée par un immense Figuier qui verse une ombre dense, favorable à la sieste. Malheureusement, à peine avais-je commencé une exploration sommaire qu’une averse violente me ramène sous la tente et ce n’est qu’à la faveur de rares éclaircies que je puis faire encore quelques recherches dans le bois.

La présence du sable auquel donne naissance la désagrégation de la roche explique seule l’abondance, à une pareille altitude, loin du Sahara ou de la mer, des Stachys arenaria, Nolletia chrysocomoides, Echiochilon fruticosum, Silene Nicæensis, Anthemis pedunculata var., Senecio coronopifolius, Ononis longifolia, Rumex Tingitanus var., Andryala Ragusina var. ramosissima, Medicago littoralis.

Sous les Pins végètent un certain nombre d’espèces qui appartiennent à la flore des hauts plateaux et de leur région montagneuse inférieure :

Entre l’oued et le pied de la berge s’étend une étroite prairie marécageuse où dominent les :