La tablette de pierre dure d’où l’eau se précipite est ornée d’une élégante bordure de Samolus Valerandi et d’Adianthum Capillus-Veneris.
27 juin. Après une nuit pluvieuse, le ciel était resté ouaté de nuages. Il était impossible d’atteindre la plaine en longeant le cours de l’Oued Cherchara dont on ne pouvait suivre le lit étroit et la pente rapide, et sur ses bords la forêt de Pins était trop dense et déchiquetée par d’infranchissables ravins. Nous nous hâtâmes donc de gagner le plateau couvert de Halfa. Après l’avoir franchi et avoir traversé un petit filet d’eau sorti d’une grosse roche encadrée de Capillaire (Adianthum Capillus-Veneris) et d’Hypericum tomentosum, nous atteignons des pentes largement ondulées dont nous suivons longtemps la ligne de faîte au milieu du bois de Pins sous une pluie fine et pénétrante. Vers la base de la montagne, la forêt s’éclaircit et finit par disparaître ; devant nous s’étend la longue plaine de Fousana, bordée à gauche par des hauteurs qui, couronnées de puissantes assises calcaires, et séparées par d’énormes ravins boisés, représentent de gigantesques bastions. A leur pied s’étend un terrain bas parsemé de douars formant des cercles sombres et de ruines antiques ; dans le lointain vers l’est, on distingue par intervalles les berges de l’Oued El-Hateb.
Lorsque nous gagnons la plaine, au sol sablonneux des croupes boisées succède une argile grasse où les bêtes patinent ; la pluie redouble, et sans prendre garde aux cailles et aux outardes qui s’envolent des champs de blés le long de la route, sans même nous arrêter à quelques éminences surmontées de monuments mégalithiques, nous nous hâtons, sous la pluie qui fait rage, de traverser la route officielle pour sortir de la plaine. Nous nous engageons dans une vallée qui, d’abord largement ouverte, ne tarde pas à se rétrécir en gorge étroite (Foum Bouibet). En ce moment l’averse devient une tempête et nos montures qui glissent sur le sol détrempé refusent obstinément d’avancer. Il est impossible, dans ces conditions, de songer à atteindre Tala, la citadelle berbère à laquelle Jugurtha confiait ses trésors. Nous dépassons à grand’peine un ravin rempli de grands Genévriers (Juniperus Oxycedrus et J. Phœnicea), et, traînant nos mules par la bride, nous cherchons un refuge dans la forêt de Pins qui garnit la gorge. Une bâche tendue dans les arbres nous garantit fort mal du déluge jusqu’à l’arrivée du convoi. Un peu plus tard quelques éclaircies rendent possible une herborisation, malheureusement trop rapide, dans les environs immédiats de notre campement.
Je crois cependant devoir citer un certain nombre des espèces observées pour donner un aperçu de la végétation dans les forêts de Pins de la région :
- Nigella arvensis L.
- N. Hispanica L. var. intermedia.
- Rapistrum Orientale DC. var.
- Dianthus serrulatus Desf.
- Silene cerastoides L.
- S. nocturna L. var. brachypetala.
- Linum corymbiferum Desf.
- Genista capitellata Coss. et DR. ?
- Ononis Columnæ All.
- O. ornithopodioides L.
- Lotus corniculatus L.
- Lotus edulis L.
- Astragalus geniculatus Desf.[31]
- Ebenus pinnata L.
- Hedysarum pallidum Desf.
- H. capitatum Desf.
- Onobrychis venosa Desv.
- Aizoon Hispanicum L.
- Seseli varium Trev.
- Atractylis cæspitosa Desf.
- Scolymus grandiflorus Desf., etc.
Le sous-bois est presque entièrement composé par des buissons de Rosmarinus officinalis et des touffes de Cistus Clusii, de Lygeum Spartum et de Stipa tenacissima. Ces deux Graminées nous servent de litière pour recouvrir le sol délayé et défoncé de notre tente.
Nous nous endormons encore une fois tristement au bruit de l’averse ruisselante et du vent qui courbe la cime des grands Pins.
Le lendemain, 28 juin, le jour se lève terne et gris : la pluie a cessé, mais les arbres secouent encore des gouttelettes. Néanmoins on aperçoit au-dessus de la montagne un coin de ciel bleu. D’après les guides, l’état des chemins ne nous permet pas d’atteindre Tala avant la nuit et, si le mauvais temps continue, il faudra renoncer à visiter le Guelâat Es-Snam, tandis qu’en sacrifiant Tala et marchant directement sur Haïdra nous pourrons à la rigueur subir un retard de vingt-quatre heures sans abandonner notre objectif principal.
Nous revenons donc sur nos pas jusqu’à l’entrée du Foum Bouibet et marchons à l’ouest le long des collines pour atteindre la route officielle dans la passe du Khanguet Es-Slougui (le défilé du Lévrier). Sur notre chemin s’allonge un éperon rocheux dont la crête est formée par un mur berbère, c’est-à-dire par deux lignes parallèles de pierres brutes plantées verticalement. Vers le milieu de sa longueur ce mur est interrompu par une plate-forme presque circulaire de dalles non taillées dont le centre est occupé par un dolmen. A la pointe de l’éperon et à l’extrémité du mur, un second dallage porte un autre dolmen dont la table renversée gît sur le sol.
Arrivés au khanguet, nous prenons sur la droite un chemin qui grimpe sur une pente raide, bordé des deux côtés par des ruines romaines. A droite s’élève la paroi abrupte de la montagne. La rampe aboutit à un étroit plateau formé d’un côté par cette paroi, à l’ouest par un escarpement gazonné qui plonge sur un oued presque caché parmi les Joncs et les Cypéracées. Au sud il est limité par un petit relèvement rocheux où grouillent les Goundis. Ce plateau est coupé par plusieurs doubles lignes de mégalithes qui relient, à intervalles à peu près réguliers, des dolmens bâtis au milieu d’un dallage circulaire.