Je remarque que l’Oxalis cernua s’est naturalisé à Porto-Farina comme aux environs d’Alger.
Il faut songer au retour. Nous reprenons la route de la plaine, non sans faire quelques stations au bord du lac où, près du lazaret, je recueille plusieurs Mollusques nouveaux ou rares pour la faune du pays.
Un peu plus loin, je rencontre une très jolie variété bulbifère de l’Allium roseum.
Pendant que le commandant et le consul filent directement sur Tunis, nous prenons la direction d’Utique où nous devons déjeuner et coucher au Bordj de Ben-Ayat. La faim nous pousse à traverser les ruines sans y recueillir d’autre plante que l’Œnanthe globulosa. Nous nous promettions de consacrer notre après-midi à une exploration plus complète des restes de cette ville célèbre, mais à peine, à l’issue du déjeuner, avions-nous parcouru les anciennes citernes qu’un exprès, dépêché par nos amis, vient nous inviter à les rejoindre à Bordj-Sebala, où la fatigue de leur attelage les avait contraints à s’arrêter.
Nous interrompîmes, non sans regret, notre promenade et allâmes au café maure de Bordj-Sebala partager le dîner de nos compagnons. Nous ne tardâmes pas à y recevoir l’invitation d’aller passer la nuit au palais bâti par Kheïr-ed-Din, ce ministre qui avait conçu l’idée, généreuse mais impraticable, de régénérer l’Islam par l’Islam lui-même en empruntant aux nations chrétiennes leurs arts et leurs sciences. Après avoir échappé aux morsures des chiens de garde, nous franchîmes deux vastes cours silencieuses pour entrer dans une grande salle au plafond sculpté, flanquée d’une longue galerie aux caissons de bois merveilleusement fouillés et dorés, largement ouverte sur des jardins pleins d’arbres en fleurs ou en fruits.
Ce palais, tout récent encore, désert et déjà voisin de la décrépitude, avait un aspect triste et un peu moisi. Les Orangers continuaient à pousser avec une luxuriante vigueur. Les hommes passent, les palais s’écroulent, les arbres restent.
Le lendemain les rayons gris de l’aube nous réveillaient sur notre froide couche, et deux heures plus tard nous étions de retour à Tunis.
III
Gabès. — Les Matmata.
Le 10 avril, après une traversée assez tourmentée, nous débarquions à Gabès, et le colonel de La Roque nous installait chez lui à Djara-Kebira.