Quelques jours furent employés à dresser nos plans de campagne, à faire nos préparatifs, à parcourir rapidement l’oasis et à voir Ras-el-Oued dont le commandant nous fit une réception cordiale, mais un peu trop solennelle.
Gabès et ses environs ont déjà été assez bien explorés par notre excellent ami M. Kralik, pour que nous n’ayons pas à nous en occuper au point de vue de la flore. Nous nous réservons, du reste, d’étudier, dans un travail spécial, les oasis du Sud tunisien et leurs cultures.
Nous nous bornerons à signaler la présence, sur les bords de l’Oued Gabès, du Carex extensa assez commun dans le Nord-Afrique, mais que l’on ne devait guère s’attendre à rencontrer dans une station aussi méridionale.
Il avait été convenu que nous irions d’abord visiter les Matmata et leurs habitations souterraines avant d’entreprendre une exploration du sud de l’Aradh.
Le 19 avril, dès le matin, nous passions à Ras-el-Oued pour prendre une escorte ; nous abordions ensuite une plaine légèrement ondulée, parsemée de buissons de Rhus oxyacanthoides et de Zizyphus Lotus avec quelques touffes de Retama Rætam (Retem), à laquelle succède un terrain entièrement plat et couvert de Rhanterium suaveolens, de Lygeum Spartum que l’on affuble ici du faux nom de Halfa, de Thymelæa hirsuta, de T. microphylla et de Peganum Harmala. Les buissons reparaissent dans le lit desséché de l’Oued Tour (rivière du Bœuf) que nos guides appellent aussi Oued Ftour (la rivière du Déjeuner), où nous faisons la grande halte et où je recueille une série de plantes qui me rappellent les plaines sahariennes de l’Algérie :
- Matthiola oxyceras DC. var. basiceras.
- Sisymbrium erisymoides Desf.
- Muricaria prostrata Desv.
- Silene setacea Viv.
- Argyrolobium uniflorum Jaub. et Spach.
- Anthyllis tragacanthoides Desf.
- Hippocrepis bicontorta Lois.
- Daucus pubescens Koch.
- Cyrtolepis Alexandrina DC.
- Centaurea furfuracea Coss. et DR.
- Atractylis prolifera Boiss.
- Zollikoferia resedifolia Coss.
- Euphorbia glebulosa Coss. et DR.
- Asphodelus tenuifolius Cav.
- Trisetum pumilum Kunth.
L’Astragalus Kralikianus Coss., le Rhanterium suaveolens, le Deverra tortuosa et l’Anarrhinum brevifolium donnent un caractère plus spécialement tunisien à la florule de cet oued.
La plaine continue à s’étendre devant nous ; les plantes caractéristiques sont le Rhanterium, le Chihh (Artemisia Herba-alba) et le Thymelæa microphylla. Elle se termine enfin à un col rocheux dominé par un piton que surmonte un signal et au pied duquel se montrent quelques moissons habitées par des lièvres que poursuivent en vain nos cavaliers.
Derrière le rideau rocheux des collines s’élève le marabout de Sidi-Guenao avec une curieuse koubba à étages et une zaouïa très fréquentée.
El-Aïachi raconte que la réputation du saint attire de nombreux pèlerins qui apportent beaucoup d’offrandes et les déposent dans des chambres en dehors de la mosquée. Les visiteurs qui surviennent mangent ces victuailles suivant leurs besoins, mais ils ne peuvent rien emporter ; quiconque essaierait de le faire tomberait malade immédiatement. Le fait est bien connu de tout le monde, ajoute le crédule voyageur.