Tu m’es consacrée.

[39] Petite pièce d’argent valant environ 0 fr. 25.

Puis on emporta Meryem sur le lit nuptial où elle passa le reste du jour à s’amuser avec ses petites compagnes, tandis que les invités festoyaient au son des chants et des instruments. Lorsque la fête fut terminée, tout le monde se retira et Moché Abitbol pénétra dans la chambre où l’attendait la petite mariée. Elle eut bien soin de se tourner vers la muraille comme on le lui avait recommandé ; mais l’époux s’approcha d’elle, la prit par les épaules et la fit virer de son côté…; il exhalait une forte odeur de mahia et avait des gestes imprécis…

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… Ce fut un viol hideux, sans pitié pour la terreur ni les cris aigus de l’enfant…

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La vie de Meryem reprit au domicile de l’époux à peu près telle que chez ses parents. Sa belle-mère Rebka, une grande femme pâle et maladive, l’initiait peu à peu aux soins du ménage et lui montrait à confectionner les petits boutons de passementerie, que l’on vend aux Musulmans, et dont le produit est l’unique revenu des femmes juives. Mais, comme Meryem était encore très jeune, elle passait la plus grande partie de son temps à jouer avec ses belles-sœurs et elle se fût trouvée tout à fait heureuse sans le supplice des nuits conjugales, auxquelles, malgré divers remèdes conseillés par les matrones, elle ne pouvait s’habituer. Quand arrivait le crépuscule, Meryem commençait à trembler et à pleurer. Même elle tomba sérieusement malade ; elle ne mangeait plus, avalait à peine quelques gorgées de mahia, toujours secouée de fièvre, avec des yeux trop grands, et trop brillants dans son pauvre petit visage blême.

Un jour Moché réussit à amener chez lui un médecin étranger dont la réputation tenait du miracle et du sortilège. Il était vêtu comme un Musulman et parlait l’arabe. Il examina la petite en fronçant le sourcil, puis entraîna l’époux et la belle-mère hors de la pièce et leur posa des questions précises. Et, tout à coup, il fut saisi d’une grande colère ; il secouait par les épaules Moché Abitbol en criant que les mœurs juives le dégoûtaient et que, si le mari voulait achever cette malheureuse, il n’avait qu’à continuer l’œuvre si bien entreprise. Quant à lui, il s’en lavait les mains, aucun remède autre que l’abstinence n’étant capable de sauver la pauvre enfant.

Bien entendu, Moché n’en crut rien…, mais à quelques jours de là, le Seigneur intervint.

D’inquiétantes rumeurs circulaient entre les murs bleus… une sorte d’angoisse planait sur le Mellah, si souvent éprouvé, où le souvenir des derniers massacres hantait encore les esprits. Un jour, de longs cris d’épouvante et de mort retentirent de nouveau à travers les ruelles. La populace, mêlée de soldats et de Chleuhs, folle de cruauté, grisée de meurtres, montait de Fez… Après avoir massacré les chrétiens, elle se ruait sur le quartier juif, détruisant tout sur son passage, enfonçant les portes, sabrant les femmes et les enfants.