Meryem ne répondait pas, bouleversée d’émotion.

— Tu as compris ? — interrogea Simouel.

— Oui, — dit-elle enfin, — mais au nom de l’Éternel, ne répète ceci à personne !

— Je l’ai juré sur les Tables de la Loi, — répliqua le gamin sans ajouter qu’El Hadj Mohamed s’était assuré de son silence par des menaces et un beau réal d’argent.

Meryem rentra chez elle, agitée de mille pensées contradictoires. Les heures lui semblèrent interminables jusqu’au lendemain ; elle les mit cependant à profit en décidant ses parents à s’installer au premier étage, selon leur coutume de chaque hiver, car les jours devenaient plus frais. Le matin elle fit sa toilette avec un soin minutieux, sans oser toutefois changer ses vêtements quotidiens, ni ajouter aucune parure, dans la crainte d’attirer l’attention ; mais elle nettoya les taches dont sa jupe et son boléro de drap étaient criblés, et elle se regardait à tout instant dans le miroir, heureuse de s’y trouver fraîche et désirable.

Elle ne quittait pas le patio, sous prétexte d’en laver les mosaïques, et elle attendait, le cœur anxieux, l’oreille attentive au moindre bruit… Des coups retentirent à la porte, elle se précipita pour ouvrir. El Hadj Mohamed se dressait devant elle, tout enveloppé de ses mousselines blanches et parfumées. Il lui prit la main en murmurant :

— Que tu es belle !… plus belle que l’aurore délicieuse !… N’est-il pas fâcheux que tant de beauté doive s’étioler au Mellah, près du vieillard auquel on te destine ?… Viens avec moi, je te donnerai des bijoux et des esclaves.

La petite main tremble dans la sienne, Meryem reste silencieuse.

— Tu me plais et je désire ton bien, — répète le jeune homme, — chez moi tu seras heureuse, adulée, belle et parée comme une sultane…

Tout à coup une voix glapissante cria :