— Qui est là ?
— C’est le Hadj Mohamed qui veut voir mon père, — répondit Meryem en s’efforçant de donner à ses paroles un timbre naturel.
Youdah se précipita vers l’escalier pour recevoir son hôte, mais comme il était vieux et descendait lourdement, El Hadj Mohamed eut encore le temps de murmurer :
— Tâche de sortir cette nuit de ta maison. Le petit Simouel t’attendra, suis-le sans crainte. Je m’arrangerai pour que les portes du Mellah restent ouvertes… Tu viendras, Meryem ?… promets-le… — répète-t-il d’un ton autoritaire, en serrant la main de plus en plus tremblante.
— Oui, Seigneur, — répond Meryem à voix basse.
Son père arrivait dans le vestibule, tout ému par l’honorable visite et par les rasades de mahia avec lesquelles il combattait les froids de l’automne.
… Meryem, à demi défaillante, contemple la bague qu’El Hadj Mohamed a laissée à son doigt, et, malgré son trouble, elle évalue le prix de l’énorme rubis qui vaut au moins cent douros !… Puis, à regret, elle la retire et la noue soigneusement au coin de son mouchoir.
L’affaire fut conclue le jour même et Youdah se félicitait d’avoir su tromper El Hadj Mohamed !…
Ce soir-là, Meryem ne voulut pas manger. Elle se dit en proie à de si violents maux de tête que les larmes coulaient sans cesse de ses yeux. Une affreuse tristesse la saisit au moment de quitter tous les siens, d’abandonner son milieu, sa famille, pour une coupable destinée. Elle sait que ses parents la maudiront et ne voudront plus jamais la revoir, que la Communauté la rejettera ignominieusement de son sein… Pourtant l’attrait irrésistible de l’aventure domine ses scrupules et aussi les ardeurs de son sang, éveillées sans pitié durant son enfance, et qui ne sont plus satisfaites alors que sa jeunesse s’épanouit… De temps à autre elle regarde le mirifique rubis et ses résolutions s’affermissent…
Au milieu de la nuit, elle se leva doucement et comme, malgré ses précautions, sa mère demandait d’une voix engourdie de sommeil :