— Que fais-tu ?

— J’ai la fièvre, — dit Meryem, — je vais boire.

Elle descendit dans le patio et puisa un peu d’eau, attendant, anxieuse, que sa mère fût rendormie. Puis elle se dirigea vers la porte dont elle avait eu soin la veille de graisser le verrou. Simouel se dissimulait près du seuil.

— Viens vite ! — dit-il.

Et ils se sauvèrent comme des malfaiteurs à travers les ruelles sombres…

Le gardien du Mellah, soudoyé par El Hadj Mohamed, a laissé la porte entr’ouverte. Il n’a pas l’air d’apercevoir les fugitifs. Meryem respire plus librement lorsqu’elle se trouve dans la campagne ; la nuit est si pure que l’on aperçoit les plus lointaines montagnes, aux neiges scintillantes sous les rayons lunaires. Un vent léger fait frissonner les bambous entre lesquels s’encaisse le chemin, et leur plainte se mêle au gazouillis des ruisseaux et au bruit des cascades.

Quelques cavaliers sortirent de l’ombre. Meryem eut peur et poussa un faible cri… mais déjà El Hadj Mohamed est auprès d’elle et la presse passionnément contre lui… Sur un signe de leur maître, les serviteurs amènent une mule et des vêtements. El Hadj Mohamed enveloppe lui-même la jeune femme du selham et du burnous, l’installe sur la bête dont un esclave prend la bride, et, lançant un petit sac à Simouel, il le congédie… Le sac s’aplatit dans la poussière avec un bruit métallique.

Simouel, ravi, comptait les douros ; quand il releva les yeux, les cavaliers avaient disparu.

*
* *

El Hadj Mohamed emmena Meryem dans sa jolie maison neuve du Tala ; un jet d’eau s’élançait d’une vasque de marbre au milieu du patio ; des mosaïques azurées luisaient sur tous les murs, les sofas étaient remplis de laine et surchargés de coussins. Il lui donna quatre esclaves noires, des caftans de soie et d’innombrables bijoux. Elle passait ses journées à se parer en l’attente du bien-aimé. Il la traitait comme une courtisane, et Meryem, habituée aux exigences de son ancien mari, ne s’en étonnait pas. Elle était heureuse, presque sans remords, ardente au plaisir, affolée, grisée, auprès d’El Hadj Mohamed, par ce qui, jadis, avait fait le supplice de ses nuits… Elle avait conquis si complètement son amant qu’il ne savait rien lui refuser, et lorsqu’elle parla de mariage, il accéda sans peine à son désir, trop ravi de s’assurer la possession définitive de cette femme.