— Une caravane qui se dirige vers Larache passera demain à Rabat. J’ai assez d’argent pour me joindre à elle. On me dit qu’il faut encore bien des mois afin de gagner la Mecque. Mais je reverrai ma petite Hadda avant de mourir, s’il plaît à Dieu !

— S’il plaît à Dieu !

Je ne pouvais tuer son unique espoir.

Et Fatime continue l’interminable pèlerinage dont elle n’atteindra jamais le but…

IV
MEKTOUB

Khdija descendait du Prophète, — que Dieu lui donne la bénédiction et le salut ! — et s’apparentait au Sultan par sa mère, Lella Zohra, des Chorfa[48] Alaouiine. Son père, Si Ali, le puissant pacha de Salé, était un petit-fils du grand Vizir, Si Mohammed Es Slaoui.

[48] Les Chorfa (sing. Chérif) sont les descendants du Prophète Mahomet.

Le palais du pacha Ali, construit par un ancêtre, agrandi et embelli par chacun de ses descendants, avait une juste réputation de splendeur. Les plus célèbres zaouakin de Meknès en avaient peint les portes et les plafonds ; les zleigiin de Fez avaient composé de savantes rosaces en mosaïques sur le sol et sur les murailles ; le marbre qui pavait les riad[49] avait été apporté d’Italie à grands frais, et, luxe suprême, l’eau, si rare dans les villes de la côte, captée en des sources profondes, jaillissait des vasques et des fontaines.

[49] Jardins intérieurs.