— Tu préfères la compagnie d’un homme à la nôtre.

— Nous n’étions pas rassasiées de t’avoir…

Et Rita répondait d’un ton navré :

— Qu’ai-je à faire avec un homme ?… Non, je ne veux pas quitter ceux que j’aime. Oh ! combien je vous préfère, fillettes semblables à moi.

De grosses larmes roulaient sur ses joues, mais, dans le fond du cœur, elle se réjouissait…

Quelques jours plus tard, Lella Fathma envoya une neggafa[57] porter l’argent et les objets du sadoq. Elle avait disposé les pièces de drap et de brocart, la sebenia, les cherbil, sur un plateau de cuivre à hauts rebords, ainsi qu’un pain de sucre, signe de joie et de prospérité. Une mousseline brodée recouvrait les cadeaux, mais elle eut soin d’en laisser un côté relevé, afin que les voisines pussent apercevoir les présents du fiancé.

[57] Femme dont le métier consiste à régler toutes les cérémonies du mariage du côté féminin.

Dès lors, une fiévreuse activité régna dans la maison du zaouak : Saadia et Zohra taillaient et cousaient sans relâche les pièces du trousseau. Les seroual[58], étroits et raides, les tahtiat, les transparentes ferajiat s’empilaient au fond de la chambre. Une mouallema brodait les coussins et les tentures aux vives couleurs ; Mabrouka, brandissant un long balai en feuilles de palmier, reblanchissait à la chaux toutes les murailles, et les voisines venaient à tout propos donner des conseils et épier l’attitude de la nouvelle arousa.

[58] Pantalon.

O Allah ! que la vierge est pudique et timide… Le moindre propos suffit à l’effaroucher, et elle s’enfuit, telle la gazelle au pied rapide.