Combien de larmes brûlantes verse la fiancée, dont le visage ne fut contemplé par personne, dont le teint a la pâleur mate des œufs d’autruche soigneusement cachés dans le sable. Celui qui doit la connaître s’impatiente en sa demeure… son amour est comme une chèvre bêlante, s’il tente de l’étouffer, il se met à crier plus fort.
Voici venir la semaine des noces. Pilez le souak et le henné. Préparez l’arousa pour les désirs de l’époux. Qu’il se hâte, lui, dont la brûlante ardeur séchera ses larmes.
Rita vivait dans une exaltation dont elle ne laissait rien soupçonner, partagée entre les sentiments les plus divers : elle tâchait de se représenter Si Taleb qu’elle n’avait jamais aperçu ; les propos de Mabrouka hantaient son esprit.
— … Un visage brun, des yeux qui flambent, et une vigueur… dont l’épouse apprécierait les charmes…
Ses nuits étaient hantées de songes voluptueux, et elle se réveillait toute tremblante, le cœur battant à grands coups, le visage en feu et les membres brisés… Mais, en même temps, elle se sentait envahie de l’oppressant effroi, qui saisit les vierges à l’approche de l’époux et les trouble douloureusement.
Lorsque les invités en toilette s’installèrent dans la maison, que le qtaa redevint l’asile de l’arousa pour les fêtes nuptiales, sa terreur s’accrut, submergeant ses autres impressions ; elle commençait aussi à sentir le regret du logis paternel qu’il lui fallait quitter pour une demeure étrangère, et, bien souvent, ses larmes coulaient sans feinte…
Elle refusait toute nourriture, malgré l’insistance de ses petites compagnes qui lui présentaient, du bout de leurs doigts rougis au henné, quelques bouchées des plats dont elles mangeaient.
— Prends, — disaient-elles, — ceci est le sadoq que je te donne.
Mais Rita tournait la tête d’un air excédé.