— Non, non, je n’ai pas faim. Assez pour moi…
Il fallait lui faire avaler de force un œuf ou du laitage.
Et, de fait, des nausées la prenaient dans ce qtaa surchauffé par les cierges, toujours empli de jeunes filles ; et dont l’atmosphère, emprisonnée entre les tentures, ne se renouvelait pas…
Elle était devenue, aux mains de la neggafa, une poupée que l’on manie, que l’on habille, que l’on transporte, que l’on parfume et que l’on pare. Une poupée silencieuse, dont les pieds ne devaient plus toucher le sol, qui ne pouvait ni rire, ni remuer, ni parler, et à qui seulement il était permis de pleurer… De temps à autre, on la sortait du qtaa tout enveloppée de voiles très lourds, tissés de soie et d’or, sous lesquels Rita se sentait étouffer. On la portait dans le patio, sur la mertba, haute estrade garnie de coussins, où la mariée s’accroupit pour les diverses cérémonies accompagnées de chants, de musique et de yous-yous stridents. Le bruit parvenait indistinctement jusqu’à elle ; parfois la neggafa entr’ouvrait ses voiles devant les invitées assemblées, et l’on apercevait le visage impassible aux yeux clos, pâle, ruisselant de sueur, parmi les bijoux scintillants, et les cheveux épars ceints d’un bandeau de pierreries et de perles… Un peu d’air frais ranimait la jeune fille ; elle se savait belle et admirée par toutes ces femmes qu’elle ne voyait pas…
Mais presque aussitôt, les voiles retombaient, l’enveloppant de leur nuit épaisse et chaude, jusqu’au moment où on la reportait dans le qtaa envahi de fillettes.
— Que tu es heureuse, — disaient-elles, — tu vas manger des noix, des gâteaux, des amandes.
— Tu revêtiras des caftans de soie, tu farderas ton visage et tu seras belle.
— O ma sœur, tu deviendras femme et tu te réjouiras avec ton époux.
— Touche mes vêtements pour que mon tour ne tarde pas à venir.
— J’ai rencontré ton fiancé dans les souks. C’est un homme vigoureux, il a une petite barbe et des yeux ardents… Quel est ton bonheur !