— Comment es-tu ? — demandaient-elles en élevant la main.
— Malade, et toi ? quel est ton état ?
— Que le mal s’éloigne de toi !
— Et qu’il ne t’atteigne pas… Comment va ton mari ?
— Avec le bien ! Il est parti vers l’Orient.
Sur toutes les terrasses on aperçoit des caftans abricot, des caftans « cœur de pierre », des caftans « soleil couchant », et des caftans couleur de sucre dont les longues manches s’agitent. La cité crépusculaire appartient aux femmes et aux oiseaux ; l’air est tout frémissant de leur ramage et du mouvement de leurs ailes. Les cigognes traversent le ciel d’un vol hâtif pour regagner les ruines de l’Aguedal, les hirondelles babillent à la crête des murs, et des troupes de pigeons tournoient lourdement autour des minarets émaillés d’émeraude.
La ville dégringole, tel le lit caillouteux d’un oued, dans un enchevêtrement de terrasses et de treilles. Au delà des remparts, la vallée du Bou Fekrane étend ses bois d’oliviers et de micocouliers. Un vent léger dissémine le parfum des roses et celui des fleurs sauvages, il fait palpiter les robes de mousseline, les sebenia de soie aux couleurs vives, et parfois il trouble le cœur des femmes en leur révélant toutes les ivresses printanières… Là-bas, le soleil disparaît derrière les collines irréelles des Guerrouan.
Rahma s’est accroupie au bord de la terrasse, loin du groupe des bavardes ; elle semble épier, impatiente et mélancolique, une amie qui n’est pas venue… Soudain une voix l’appelle de la maison voisine et la fait tressaillir.
— Il n’y a pas de mal sur toi, madame ma colombe ?
— Il n’y a pas d’autre mal que de t’attendre, madame ma gazelle… Pourquoi viens-tu si tard ? Mon cœur en est serré.