— Le Chérif m’a retenue en bas. Que Dieu l’éloigne ! Mais à présent il est parti et ne rentrera pas ce soir.

— O puissant ! Si Mansour est allé aux noces de son intendant !…

— Louange à Dieu ! Madame ma colombe ! veux-tu voler jusqu’à moi ?

— O madame ma gazelle, y songes-tu ? si mon maître rentrait à l’improviste…

— On te préviendrait vite et je laisserais l’échelle… Je t’attends comme un voyageur aspire à la source au milieu du désert ! — murmure la Cherifa de sa voix la plus suave.

Rahma est partagée de désir et de craintes.

— Va, ma fille, — dit maternellement Lella Fatime, qui s’est approchée, — je veillerai en ton absence, mais, par Allah ! reviens avant l’aube.

— J’arrive dans quelques instants ! — s’écrie Rahma en bondissant vers l’escalier.

Elle se précipite dans sa chambre, ouvre ses coffres, bouscule les coussins, et gourmande ses esclaves dont la hâte n’égale point la sienne.

Toute la maison est au courant de l’aventure, et chacune s’empresse à la parer : Saadia lui apporte des bracelets, Lella Mina insiste pour lui prêter sa belle sebenia étincelante d’or ; Setra lui farde les joues et trace des arqous affolants au milieu des ses sourcils… Elle revêt un caftan émeraude ramagé d’argent qu’elle n’avait point porté depuis ses noces. Rien n’est trop beau pour la colombe qui a ravi son cœur… Accablée de joyaux et pénétrée de parfums suaves, Rahma semble une arousa prête à rejoindre l’époux…