Des négresses l’attendent sur la terrasse bleutée par la lune, et l’aident à descendre au moyen d’une petite échelle. C’est la première fois que Rahma pénètre chez son amie. La maison du Chérif est plus ancienne et plus sobre que celle du marchand, mais la chambre de Lella Oumkeltoum étincelle à la lumière des flambeaux comme pour une fête, et des coussins bien rangés s’empilent sur les sofas.
Toutes les femmes accompagnent la visiteuse en poussant des yous-yous d’allégresse. Puis elles se retirent discrètement après lui avoir fait mille amabilités.
— O ma colombe, — s’écrie la Cherifa, — te voici donc enfin, belle et parée pour me plaire, ainsi que je te voyais en mes rêves depuis le « jour de la ceinture » où je t’aperçus du haut de la terrasse. De ce jour, ma tendre aimée, mon cœur fut la proie des tourments, et je mourais d’un mal dont aucun taleb ne connaît le remède.
— Lumière de ma prunelle ! J’étais comme l’aveugle misérable tant que je ne te connus pas, et chaque matin je soupire en songeant aux heures qui me séparent du crépuscule.
— O ma beauté ! que ta peau est blanche ! Que ton parfum est délicat ! Il trouble ma tête et me pénètre de toutes les délices…
— Je ne suis qu’une esclave auprès de toi, madame ma gazelle. Tes joues rivalisent avec la fleur de l’églantier ! Tes yeux sont des olives mûres sur le point d’être cueillies et tes dents brillent plus blanches qu’un réal d’argent…
— Palmier de mon jardin, combien ta taille flexible est élancée ! A quelle hauteur dois-je aller ravir tes fruits plus doux que le miel…
— Aie pitié de mon impatience, ô ma dame ! toi seule sauras guérir la soif dont je suis tourmentée !
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Elles passèrent la nuit dans le contentement, sur une couche sans égale, garnie d’étoffes merveilleuses et de coussins en brocart. Leurs soupirs s’élançaient avec la flamme des cierges et la fumée des cassolettes.