Quelle fête dans la maison aux apprêts discrets !

Chacune dispose secrètement les atours dont elle se parera pour la bien-aimée, et frémit d’impatience en l’attente des plaisirs nocturnes. Le tajer, sans défiance, fait honneur au repas et aux trois tasses de thé que Lella Fatime a préparées elle-même.

— O ma mère, qu’Allah te bénisse ! Tu m’as donné ton lait en mon enfance, à présent tu me verses la boisson parfumée sans laquelle le fils d’Adam n’a point de force. Grâce à ta sagesse et à ton ordre, ô ma mère, je vis tranquille en ma maison. Puisse le Seigneur t’accorder une place aux jardins de l’Éden, femme vertueuse !…

Puis comme la fatigue appesantit subitement ses paupières, il se dirige vers la chambre de Setra, dont c’est le tour, et tombe endormi sur un sofa.

O la nuit merveilleuse et plaisante que rien ne trouble !

La Cherifa est accourue, Lumière des yeux ! la Cherifa aux charmes sans pareils, en l’honneur de qui l’on s’assemble.

Toutes les étoiles étaient allumées au firmament et tous les flambeaux dans les chambres closes. On n’entendait que le bruit léger des rires et des baisers unis aux chants amoureux, aux sons étouffés des instruments. Les coupes circulaient pleines d’une boisson généreuse, moins grisante que l’air de cette nuit et l’haleine embaumée des femmes… Et elles furent ivres les unes des autres, ivres de joie et de volupté, tandis que le tajer Mansour dormait en paix dans son harem si bien gardé.

VII
LA CHERIFA, FILLE DU SULTAN

O croyants qui entendez mes paroles, sachez que ce récit est véridique et bien fait pour émouvoir les amants.