Une seule de ses beautés jette le trouble en mon esprit. Comment osai-je en affronter l’ensemble ?…

Chaque nuit, je revins au jardin. J’ai saccagé tous les parterres, et me suis enfui avant l’aube, tel un voleur avec son butin.


Hélas ! jour néfaste celui où la négresse me réclama la clé :

— Le Chérif arrive de Fez. Des propos perfides lui sont parvenus… Voici le salut de ma maîtresse aux yeux enchanteurs : « Qu’Allah lui accorde l’apaisement. » Ne retourne pas au jardin… Le portier ne dormira plus…

O la plus triste des messagères !… O négresse !… je te revis au souk du vendredi[67], le crieur te mettait à l’encan. O négresse !… le Chérif renouvela tous ses esclaves. Un eunuque vigilant garde sa porte.

[67] Marché aux esclaves.


Depuis des mois, j’erre comme un insensé le long des murs bâtis par les captifs chrétiens. Mais le vent ne m’apporte même pas l’odeur de la beauté bien gardée, de celle dont l’haleine est plus douce que le parfum des roses et des jasmins mélangés.