La douleur me consume et mon esprit est déchiré par la séparation. Depuis des mois, j’espère la revoir, et toujours s’éloigne le terme de mon attente… Que mon sort est affreux ! Seul, je me sens décliner parmi les jeunes hommes de mon temps.


Assez de lamentations… Le chagrin m’entraîne au tombeau. Je suis un mort déjà lavé, insensible au fracas du monde. L’amour qui me tue est celui d’une fière beauté, d’une beauté aux noires prunelles…

Cette poésie, ô croyants, fut composée dans la ville de Sidi ben Aïssa en l’an 1335 de l’hégire. J’en suis l’artisan ingénieux et mon nom est inscrit dans celui des compagnons du Prophète originaires de Médine[68].

[68] L’Ensar, « les Secoureurs », ainsi appelés parce qu’ils avaient secouru Mahomet contre ses ennemis de la Mecque.

VIII
ESCLAVAGE

Mouley Larbi ed Doukkali vécut heureux et libre jusque vers sa trentième année. C’est alors qu’il fut réduit en esclavage.

Certes ! Allah ne permit pas qu’un Chérif de si noble race connût la honte d’être mêlé au lamentable troupeau de ceux que l’on acquiert pour une somme d’argent.

Mouley Larbi reste un homme considéré ; les gens s’inclinent toujours très bas sur son passage, et, dévotement, lui baisent l’épaule. Cependant nul n’ignore qu’il n’est plus qu’un esclave, l’esclave humble et soumis de son épouse, Lella Rita, sœur du Sultan.