Il n’avait jamais songé à une telle union, étant de cœur simple et modéré dans ses ambitions. Il savait aussi la distance qui sépare un aîné de son cadet, et qu’il ne convient pas à celui-ci d’aspirer aux mêmes honneurs. Mouley Larbi fréquentait peu Mouley Ben Naceur, son frère, de quinze ans plus âgé et né d’une autre mère. Il ne manquait pas de lui témoigner un grand respect, bien qu’ayant été dépouillé par lui de sa part d’héritage paternel.

Mouley Larbi vivait en sage dans ses terres des Doukkala, uniquement occupé de ses récoltes et de ses livres. Car, de ses études à Karaouïne, lors de sa jeunesse, il gardait un goût très vif pour les textes saints.

Le faste de son frère et la haute situation qu’il occupait au Maghzen, ne parvenaient point à troubler la quiétude du Chérif campagnard.

Grâce à sa naissance, à sa richesse et à son esprit astucieux, Mouley Ben Naceur était devenu le favori du Sultan qui, pour le mieux distinguer, lui donna en mariage une de ses filles, Lella Rita. Il en avait eu deux enfants.

L’éclat de leurs noces, les trésors dont la princesse emplissait la demeure conjugale, hantèrent longtemps les imaginations ; l’enfance de Mouley Larbi en avait été émerveillée comme d’un conte. Un reflet de cette gloire l’auréolait dans sa retraite, bien qu’il ne songeât point à s’en prévaloir.

Après des années de splendeur, la destinée de Mouley Ben Naceur fut accomplie, Lella Rita devint veuve.

Un autre sultan régnait, dont elle était la sœur préférée. Il s’inquiéta tendrement de son sort. Lorsque fut écoulée la période consacrée aux lamentations et au deuil, il lui dit :

— O ma sœur ! Il n’est pas bon qu’une femme vive dans la solitude. Cesse de pleurer un époux respectable, — Allah l’ait en sa Miséricorde ! — pour arrêter ton choix sur un autre chérif. Je n’ai pas voulu prendre une résolution sans te consulter, car je te sais prudente et pleine d’entendement. Je m’en rapporterai donc à ton désir, et je ne doute pas qu’il soit excellent.

Puis il lui cita plusieurs personnages, tous plus riches et considérés les uns que les autres, pouvant aspirer à l’honneur de partager sa couche.

Mais Lella Rita secouait la tête, indécise. Elle répondit :