— O notre Maître ! Permets-moi de faire tout d’abord les prières du parti à prendre. Je te donnerai ma réponse dans quelques jours.
Elle se mit à jeûner et à exécuter les pratiques pieuses prescrites en pareil cas. Lorsque revint le Sultan, elle lui dit :
— Allah inspira mon cœur et me révéla le mariage que je dois contracter. S’il plaît à Dieu et à ta volonté, ô notre Maître ! j’épouserai mon beau-frère Mouley Larbi Ed Doukkali.
Le Sultan conçut un extrême étonnement de cette décision. Il n’ignorait pas la vie retirée du Chérif, et ne pouvait comprendre que sa sœur lui accordât la préférence sur tant d’autres, plus fortunés et dignes d’elle par leur éclat. Néanmoins, devant la ferme volonté de la princesse, il céda, puisque après tout Mouley Larbi pouvait, par sa naissance, accéder à cette union.
Un Vizir traversa le pays avec une nombreuse escorte, pour l’informer de l’honneur qui lui était échu.
A cette nouvelle Mouley Larbi sentit sa raison vaciller, et le jour s’assombrit devant ses yeux. Mais il retint toute parole désordonnée, de crainte de trahir le trouble extrême qui agitait son âme.
— Entendre c’est obéir ! — répondit-il.
Puis il prit soin que ses hôtes fussent traités avec magnificence, et il ne se retira qu’ensuite en ses appartements, pour se livrer au désespoir.
Son épouse, Lella Aïcha, le voyant au comble de l’affliction, sans en connaître la cause, essayait en vain de le consoler.
— Un malheur te frappe donc, ô mon seigneur le chéri ? — demandait-elle ! — et ne puis-je l’alléger ? La sécheresse compromet-elle tes récoltes ? Les Berbères sont-ils venus rafler nos troupeaux ?