Lella Rita, seule, règne en la demeure. Elle entend que son époux se plie, comme les autres, à son despotisme. Elle ne l’autorise pas à donner un ordre, elle contrôle ses actes, fait espionner ses sorties… Le Chérif se révolta tout d’abord contre cette tyrannie, mais Lella Rita s’en plaignit au Sultan. Et le souverain fit comprendre à l’époux rebelle qu’il pouvait choisir entre une existence dévouée à la princesse, ou une discrète suppression, qui permettrait à celle-ci d’élire un mari plus souple…

Mouley Larbi n’a plus de recours qu’en Dieu. Il répète, en s’efforçant d’atteindre la résignation :

— Chacun porte sa destinée attachée à son cou. Je me réfugie en Toi, ô Clément ! ô Miséricordieux !

Lella Rita le tient courbé sous un joug d’autant plus impitoyable qu’elle l’aime. Elle s’est prise d’une ardente passion pour ce jeune homme qui réjouit sa maturité. Elle le veut sans cesse à ses côtés, elle sollicite les brûlantes déclarations.

Que d’artifices elle emploie pour lui plaire ! Que de bijoux chargent ses épaules !

Les Juives lui apportent chaque jour des onguents, fabriqués par les sorcières, dont elle espère ranimer sa beauté. Les marchands de la kissarïa lui adressent leurs brocarts aux arabesques brillantes, leurs sebenias bariolées et lourdes, leurs mousselines les plus impondérables.

Et c’est le rouge ! et c’est le kohol ! et ce sont les essences précieuses ! et les caftans magnifiques ! et les joyaux de sultane !

Et c’est néanmoins la vieille épouse, brèche-dents, obèse et mal odorante !

Pauvre Mouley Larbi !

Malgré sa bonne volonté, il ne parvient pas toujours à satisfaire les exigences de Lella Rita. Elle devine une contrainte dans ses caresses, des réticences à ses flatteries, une lassitude sous ses transports… Mais elle a un sûr moyen de l’en châtier.