Et il lui murmurait encore mille choses qu’elle ne pouvait comprendre, mais dont elle percevait la tendresse.
Quand il se sentit tout près de la mort Sidi El Hossein voulut assurer lui-même l’avenir de sa fille. Il eut de longs entretiens avec de nobles personnages venus de Fez, et dont il écartait la petite. Lella Nfissa s’étonnait un peu de cet exil, car elle était habituée à régner dans la chambre paternelle, quels que fussent les visiteurs.
C’est ainsi que son mariage fut décidé.
Cela ne se passa pas tout à fait selon la coutume, en raison de la maladie du Chérif. Nul ne sut ce qui avait été convenu entre lui et son futur gendre durant les conversations insolites qu’ils tinrent à ce sujet… Le vieillard paraissait tout heureux et apaisé.
On célébra les noces avec un faste inimaginable. Longtemps on parlera dans la ville des cadeaux offerts par le père et le fiancé : des coussins, des matelas de laine moelleuse, des haïti en velours et en drap, des brocarts chatoyants, des cherbil brodées d’argent fin, des colliers, des diadèmes enrichis de pierreries, des bracelets, des anneaux d’oreilles et des cinq négresses expertes à toutes les choses nécessaires en l’existence… Les femmes célébraient à l’envi les parures merveilleuses dont était chargée l’arousa.
Lella Nfissa n’en sentait que la fatigue. Ses frôles épaules ployaient sous les soieries trop lourdes, sous les pesants joyaux somptueux. Elle n’osait ni remuer, ni ouvrir les yeux ; elle était une impassible et hiératique petite mariée ; ses larmes coulaient, ainsi qu’il convient, de ses paupières closes. Mais ce n’était point par pudeur ou regret de la maison paternelle, car Lella Nfissa n’avait pas encore compris la signification des noces, ni qu’il lui faudrait suivre, à Fez, un époux inconnu…
Elle pleurait d’ennui et surtout de lassitude.
Lorsque arriva l’heure suprême, celle où le fiancé pénètre dans le qtaa pour l’accomplissement des rites, les sanglots de la petite fille redoublèrent. Un silence solennel planait sur la pièce déserte et sombre, éclairée de quelques cierges dont les reflets s’accrochaient aux bijoux et aux satins de la mariée comme pour la mieux désigner… Moulay Ahmed s’accroupit auprès d’elle, et doucement écarta les voiles brodés d’or… Mais, comme il l’embrassait sur le front, Lella Nfissa eut bien peur. Malgré les recommandations qu’on lui avait faites, elle se sauva jusqu’au bout de l’alcôve en poussant des cris affolés.
L’époux cherchait à la calmer.
— Ne crains rien, petite colombe chérie, — disait-il — ne crains rien, petite gazelle ! Je ne te ferai aucun mal, je ne te toucherai pas…