Lella Nfissa ne l’ignorait pas et n’en prenait aucun souci…

Elle grandit ainsi chez son époux, très insouciante et heureuse, dirigée par les sages conseils de sa belle-mère, Lella Maléka, qui l’aimait tendrement et lui donnait l’illusion d’un amour maternel dont elle n’avait jamais connu la douceur.

Plusieurs années s’écoulèrent sans changement, mais Lella Nfissa ne courait plus dans le patio. Elle s’était transformée en une souple jeune fille au visage séduisant. Elle se savait belle et en concevait de la joie, elle commençait à prendre goût à la parure, à songer aux choses qui troublent le cœur des femmes… La noire Mahjouba lui devenait odieuse, et elle pleurait, sans savoir pourquoi, quand elle se réveillait, la nuit, dans sa chambre déserte.

Moulay Ahmed ne la regardait plus sans tressaillir et, devant l’épanouissement de cette charmante créature, il remerciait Allah de l’avoir enfin délié du serment fait à un mourant… Toutefois il ne voulut pas que leur union fût consommée au hasard de son désir, et résolut de l’entourer de toutes les pompes habituelles.

C’est alors que furent célébrées les secondes noces de Lella Nfissa Bent El Hossein avec Moulay Ahmed El Mrakchi. Elles furent encore plus brillantes que les premières.

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… La demeure trépidante du bruit des fêtes devient tout à coup silencieuse, un frisson passe sur les femmes en attente…

— Le marié vient !…

Derrière la porte de le chambre nuptiale refermée, retentissent les yous-yous stridents.

Une fois encore, Lella Nfissa resplendissante et pudique attend l’époux au fond du qtaa. Ses yeux sont clos, sa poitrine palpite, mais aujourd’hui elle sait le visage de celui qu’elle ne doit pas regarder. Soudain, elle comprend qu’il n’en est pas de plus troublant au monde… Il s’approche… elle tremble et ne s’enfuit pas. Elle le redoute et le désire, elle défaille de bonheur entre ses bras… et, vierge, elle éprouve un sentiment interdit à ses sœurs, les mariées musulmanes.